« Loin de Chandigarh » de Tarun J. Tejpal

« Loin de Chandigarh » est un livre étonnant. Son auteur Tarun J. Tejpal est reconnu en Inde comme un essayiste et un journaliste d’investigation engagé dans la vie politique de son pays. Mais son premier roman est une vraie réussite.

J’avais entendu un entretien de l’auteur dans les Matins de France Culture où les journalistes semblaient tout bonnement emballés par le livre. Je l’ai donc acheté et je n’ai pas été déçu. Une écriture très vive avec un foisonnement permanent qui excite l’oeil comme les autres organes des sens. A la fin d’une histoire d’amour qui semblait devoir être éternelle, le héros revoit sa vie, mais parcourt également l’histoire récente de son pays. Loin de l’exotisme, il s’agit d’une vision de l’intérieur qui fait fleurir des personnages attirants et hauts en couleurs.

Un extrait pour vous mettre le livre en bouche :

Il n’y a pas de doute : dans le sexe, les hommes stationnent au camp de base. Ils peuvent jouir des nombreux plaisirs de la moyenne montagne, mais les sommets vertigineux leur sont refusés. Il leur manque le souffle, l’imagination, l’abandon, l’anatomie. Leur tâche consiste à préparer les vrais grimpeurs : les femmes, artistes des hautes cimes. Ces chamois capables de sauter d’arête en arête, de sommet en sommet, jusqu’à la vastitude de l’éternité.

Depuis des millénaires, les hommes luttent contre cette certitude. Ils connaissent l’existence des altitudes inaccessibles. Il n’est pas facile d’être inférieur.

Il n’est pas facile pour un sanglier de vivre parmi les gazelles.

La dimension de la chair et du désir est très présente mais ne cède en rien à la qualité de l’écriture et guide les personnages à travers leur humanité. Tous les sens vibrent à la lecture.

Note complémentaire : le lecteur ornythologiste appréciera les connaissances de Tarun J. Tejpal en matière d’oiseaux. Ceux-ci apparaissent continuellement dans le livre. Des bulbuls, un coucal, des hiboux ou des passereaux divers font partie des personnages secondaires de cet ouvrage.

Titre original : «The alchemy of desire». Traduit (superbement) de l’anglais par Annick Le Goyat.
Roman publié en France par Buchet Chastel.