Démocratie Athénienne – Historique

Périclès

Cet article fait partie d’un effort pour aider au partage de certaines études non-universitaires (provenant d’amateurs éclairés) sur Roumazeilles.net. Nous accueillons ainsi parfois quelques auteurs dont les travaux peuvent présenter un intérêt (ici historique) inhabituel ou simplement original.

Le présent article a été rédigé par Pierre Jonchères, en 2020.

Yves Roumazeilles

Survol : Histoire du monde grec des 5ème et 4ème siècles

L’histoire de la Grèce antique est unique. Unique en ce sens qu’aux 5ème et 4ème siècles certains Grecs et en particulier les Athéniens ont été plus loin et plus fort en fécondité intellectuelle que leurs prédécesseurs égyptiens, babyloniens, … Unique aussi en ce que nous le leur devons encore.

Pays sans unité physique, composé à 82% d’un relief montagneux morcelé et déboisé, à 18% d’un sol aride aux terres ingrates, mais partout accessible par la mer. Plusieurs invasions successives ont doté ce pays d’une population hétérogène établie en habitat dispersé. D’où un pays politiquement émietté de cités autonomes (polis) au nombre d’environ 700 à l’intérieur et de 300 sur l’extérieur égéen ou ailleurs. Toutes les cités sont de petites superficies, sauf 2 : Sparte et Athènes.

 À l’intérieur du monde grec, Sparte et Athènes ont constitué 2 pôles majeurs, mais rivaux (voir annexe) : sœurs ennemies, dont l’antagonisme tenace et quasiment continu, perdra finalement l’une et l’autre. Sparte, d’une supériorité militaire terrestre incontestée, sera cependant militairement mise hors-jeu 2 fois (371 et 362) par un génie militaire plus fort qu’elle, Épaminondas, chef des troupes de la petite cité de Thèbes ; Athènes, quant à elle, après avoir œuvré comme puissance maritime contre les Perses, se verra politiquement neutralisée par la Macédoine (322).

« La guerre était vraiment la loi d’airain du monde grec » (Fr. Chamoux) ; sur 150 ans en effet (des guerres perses à Chéronée) la Grèce a vécu 100 ans de guerres, et de guerres sans pitié (pillages, destructions, incendies, massacres, esclavage). Les causes en ont été, (1) géographiques(émiettement évoqué ci-dessus), (2) politiques : âpres luttes internes de factions (aristocrates, oligarques, démocrates), (3) défense par les petites cités de leur autonomie et libertés contre leurs voisines ou contre les barbares, (4) économiques : recherche de terres fertiles, (colonisation, clérouquies impériales), accès et maintenance des routes maritimes de céréales (Détroits, Egypte).

Le monde grec des cités n’a jamais pu s’unifier politiquement, sauf tardivement et pour quelque temps seulement sous Philippe II de Macédoine au milieu du 4ème siècle. L’immense Macédoine était une monarchie (non une cité) alors dirigée et unifiée par Philippe II, homme d’Etat d’exception, qui conquit le continent grec (sauf Sparte) pas à pas, entre 358 et 338.

Si l’unité grecque ne pouvait pas être politique et fut fondamentalement culturelle : (1) unité religieuse, au sens collectif : sacrifices, grandes fêtes, processions, polis protégée des dieux, et à un moindre degré au sens individuel : mystères (cultes du salut pour initiés), philosophie (découverte de l’âme au 4ème siècle), (2) unité linguistique, bien qu’il y ait eu plus de 200 dialectes, selon Aristote ; celui qui ne parlait pas grec était barbare.

Par-delà l’unité poliade, la Grèce et particulièrement Athènes léguera au monde occidental le rayonnement sans pareil de sa civilisation aux facettes multiples : politique, philosophique, scientifique, militaire, littéraire, artistique, …

 À l’extérieur, la Grèce n’eut vraiment qu’un seul ennemi de taille : l’empire perse du 4ème siècle, celui qui, au bénéfice d’une politique de conquête systématique menée depuis 559 par Cyrus II le Grand puis par Darius 1er, dominait d’immenses territoires tant en Asie Centrale (pour se protéger contre les envahisseurs des steppes du NE) que vers la Mer Noire (contre les Scythes), enfin à Chypre et en Egypte ; empire devenu en 60 ans le plus grand du monde méditerranéen occidental. À son programme de conquête en 500, l’Anatolie, le monde égéen, la Grèce. Mais il y eut un coup d’arrêt sévère infligé par les seuls Athéniens à Marathon en 490, première défaite pour les Perses depuis 60 ans ! Une seconde tentative perse de plus vaste ampleur se heurtera à l’alliance d’Athènes et de Sparte (pour une fois) mais sera finalement bloquée par Athènes (seule) à 2 reprises en mer, au détroit de Salamine (480) et à Mycale (479).

Sparte était et est restée une puissance traditionnellement terrestre (encore avait-elle limité son hégémonie aux ¾ seulement de l’archipel du Péloponnèse). Athènes par contre, sous l’effet de la 1ère guerre perse (490) puis grâce à Thémistocle (loi maritime de 483), est devenue une puissance maritime (flotte de l’ordre de 300 trières de combat). Les victoires maritimes de la 2nde guerre (480 – 479) où la Perse dû abandonner la mer Égée et toute la côte anatolienne (des Détroits au nord à île de Rhodes au sud), ont ensuite permis à Athènes désormais hégémonique de protéger la Grèce et l’ensemble du monde égéen d’un éventuel nouveau danger perse. Hégémonie maritime exercée par la Ligue de Délos (250/300 membres ?) constituée par Athènes en 478. Dans les 30 ans qui suivirent, la flotte de la Ligue de Délos vaincra les Perses sévèrement 2 fois encore, les 2 fois sur mer et sur terre : Eurymédon en 468, Chypre en 449. Les Perses, provisoirement calmés dans leur projet d’expansion, mais espérant prendre leur revanche ultérieurement plus facilement en divisant les Grecs, accorderont indirectement à partir de 395 de notables subsides financiers aux différents protagonistes Grecs à tour de rôle, selon la tournure des événements. Le sort en décidera autrement pour eux, dès lors qu’Alexandre de Macédoine, fils de Philippe II, vaincra et hellénisera la totalité de l’immense empire perse en 8 ans (334-26) et pour quelques siècles.

Détail : histoire d’Athènes dans le monde grec antique

Athènes en Attique grecque. Athènes, qui était la seule grande cité de l’Attique, semble s’être constituée au 13ème siècle avant JC (toutes les dates du présent travail sont d’avant l’ère chrétienne, sauf indication contraire) par la fusion de quelques villages indépendants en un royaume où Athènes devint la cité royale. L’Attique avait une superficie de 2600 km², correspondant à celle du Luxembourg actuel et n’était alors dépassée que par celle de Sparte (Laconie + Messénie) de 8600 km² dans le Péloponnèse sud.

Le monde grec ancien

La population du monde grec est issue d’un rameau détaché à la fin du 3ème millénaire d’indo-européens (qui ont introduit le cheval), venus jusque vers 1600 env. par les Balkans.

2600-1100 : la Crète (minoenne) exerce 10 siècles d’hégémonie plutôt pacifique en mer Égée (capitale Cnossos), suivie du 15ème au 12ème s. par les Achéens et les Ioniens qui envahissent la Crète, mais sans vraiment modifier la civilisation crétoise. A la fin de cette période, apparaît la civilisation mycénienne (1600-1150), Mycènes étant située entre Corinthe et Argos (Péloponnèse nord-est). Agamemnon était roi de Mycènes (époque de la guerre de Troie). 

1200-1100 : constitution d’Athènes en Attique par l’union de quelques villages.

1200-1000 : les Doriens, venus par le Danube, envahissent inamicalement la Grèce, détruisent Mycènes, repoussent les Achéens dans l’Égée insulaire et sur les côtes ioniennes de l’Asie mineure. Mais ils n’envahissent ni l’Attique ni Athènes.

900-800 : constitution de Sparte (Laconie) par l’union de 4 villages doriens ; 8ème siècle : Lycurgue, législateur supposé de Sparte.

vers 800 :, apparition et généralisation en Grèce de la « polis », cité-Etat.

750-550 : « colonisation » de plusieurs cités-Etats grecs (sauf par Athènes) dans 2 directions géographiques essentiellement : (1) d’abord la Sicile/Italie du sud, à partir notamment d’Eubée, de Corinthe, de l’Achaïe, de Milet, (2) ensuite les mers Égée et Noire, à partir encore de Milet, et surtout de Mégare,… Principales causes : recherche de terres fertiles, crises sociales internes. Des établissements commerciaux ou comptoirs (emporion) sont aussi fondés par les grecs mais sans le statut de colonies et ultérieurement, des clérouquies (lots de terres assignés à des soldats-citoyens hors d’Athènes).

750-500 : l’Ionie, sur la côte anatolienne, brille par ses richesses économiques, intellectuelles, artistiques, et sa monnaie ; activement convoitée par ses voisins (Lydie 560, Perse 546, Grèce 5ème s.).

740-480 : Sparte (« Lacédémone » pour les Achéens) exerce près de 3 siècles d’hégémonie impérialiste dans le Péloponnèse (sauf sur Argos et l’Achaïe), mais pas au-delà. Royaume de 2 rois, régime oligarchique, citoyens-soldats professionnels dès le jeune âge, pas de libertés personnelles. Immobilisme politique qui lui sera fatal.

Athènes  au 7ème siècle

683 : les aristocrates athéniens évincent progressivement leur royauté de tout pouvoir autre que religieux. Un collège de 3 archontes, les plus hauts magistrats d’Athènes, secondés ensuite à une date inconnue (Solon 594-93, pour Mme Massé) par 6 autres archontes, appelés « thesmothètes », exerce le pouvoir exécutif, peut-être assisté par le Conseil de l’Aréopage aux pouvoirs généraux. Rien ne permet de penser à l’existence à ce moment-là d’une « ecclésia » (assemblée politique du peuple), mais il existe (comme dans d’autres cités) une assemblée à caractère militaire (assemblée d’hoplites).

630-530 : crise agraire (refus politique d’Athènes, contrairement à Sparte, d’un partage égal de la propriété très concentrée des terres, endettement des petits propriétaires conduisant à l’esclavage), et crise sociale (artisans et commerçants privés de droits politiques, vengeances privées parfois sanglantes) contre l’oligarchie des familles aristocratiques les plus riches qui (à Athènes comme ailleurs) contrôlent entièrement la cité-Etat, y compris la justice. Deux solutions se rencontrent en Grèce pour essayer de sortir de ces crises : (1) un « législateur » invité à donner à la cité une constitution appropriée à sa situation ; ainsi Licurgue à Sparte au 8ème siècle, (2) un « tyran », le plus souvent aristocrate, détenant illégitimement seul le pouvoir absolu, militaire inclus, mais s’appuyant sur le « demos » (le petit peuple) et éventuellement la bourgeoisie commerçante ou artistique, contre les privilèges de l’aristocratie. Solution qui s’est parfois révélée positive (réformes sociales, grands travaux, artisanat, culture…) ; ainsi 80 ans de tyrannie à Corinthe (657-580) ont porté la cité maritime à son apogée.

621-510 : pour sa part, Athènes a eu recours au total à 2 législateurs et à 1 tyran. En 621, Dracon, le premier législateur, dont l’existence ou l’intervention est contestée par quelques historiens, aurait fait adopter des lois sévères (trop sévères, sans doute) en matière pénale et criminelle (mais aucune en matière politique). Lois de droit privé ayant formellement beaucoup innové, en ce qu’elles furent les premières lois écrites d’Athènes qui, comme telles, enlevaient aux aristocrates dirigeants le monopole de la connaissance des lois jusque-là orales et surtout leur application arbitraire sans contrôle. Mais sans résultats de fond, semble-t-il.

Athènes au 6ème siècle

contre la suprématie aristocratique

594-93 : la société athénienne est en grave crise unitaire, proche de la guerre civile : propriétaires fonciers riches contre propriétaires pauvres, factions rivales ville/côte/ montagne. Tous cependant investissent Solon, archonte, comme second législateur avec pleins pouvoirs. Que lui doit Athènes ? Un nouveau code de lois (de droit privé), dans la ligne de celui de Dracon, mais avec en plus des jalons vers l’égalité juridique des citoyens devant la loi (ex. : droit d’appel à un tribunal populaire). En matière de droit public, institutionnel, 2 mesures de circonstance lui sont communément attribuées : (1) la suppression de la dépendance des paysans par l’arrachage des bornes délimitant les terres qu’ils exploitent, (2) la création d’une classe censitaire pour les citoyens les plus riches. À cela s’ajouterait la création de 6 archontes thesmothètes. Mais quant au fond, ni partage égalitaire des terres, ni aide aux paysans, ni interdiction de l’endettement, ni surtout accès égal aux charges publiques. Au total, très sensiblement moins de mesures que la liste abusive de mesures dressée par Aristote 250 ans plus tard (Constitution d’Athènes), lorsque l’on tenait illusoirement Solon pour le père de la démocratie. Le rôle novateur de Solon a été très longtemps surestimé à la suite d’Aristote.

590-60 : la solution « législateur » (Dracon et Solon) semblant ne pas avoir été probante, les troubles reprirent, selon l’historien Hérodote (milieu du 5ème siècle), dès 590 entre les 3 factions athéniennes ville/côte/montagne, évoluant d’un conflit aristocratique interne à une guerre civile (stasis). Jusqu’à ce que Pisistrate, aristocrate de la faction montagne, s’impose avec l’appui du peuple pauvre par un coup de force militaire lui conférant la qualité de tyran.

561-27 : tyrannie de Pisistrate (560-27), père. Longue période de paix et de prospérité économique pour Athènes :

  • maintien des institutions politiques existantes,
  • solution de la crise agraire : prêts aux paysans, création de colonies dans le monde égéen offrant des terres arables aux paysans athéniens dépendants (clérouquies),
  • assainissement des finances publiques,
  • lancement de nombreux grands travaux,
  • développement culturel : artisanat artistique, introduction du culte populaire de Dionysos, organisation des Panathénées (privant les aristocrates du monopole de la vie religieuse et s’adressant à la totalité de la population, citoyenne et non-citoyenne), pratique des concours d’où naîtra la tragédie grecque, écriture de l’Iliade et de l’Odyssée,
  • réduction du pouvoir des aristocrates, tant de ceux restés à Athènes pendant la « tyrannie » (avec Isocrate comme chef), que de ceux qui se sont exilés (chef : Clisthène).

527-10 : Hippias, fils et successeur de Pisistrate, mais faible et incompétent, est renversé par les aristocrates exilés (Clisthène), avec l’aide de Sparte.

Au cours du 6ème siècle (sans plus de précision possible) : l’assemblée d’hoplites évoquée plus haut perd son caractère militaire pour se transformer en assemblée du peuple (ecclésia) ; les assemblées militaires de Sparte et de Macédoine garderont leur caractère militaire initial.

510-07 : situation politique confuse où plusieurs grandes familles aristocratiques, notamment celle d’Isagoras contre celle de Clisthène, luttent d’influence pour prendre le pouvoir. 508 : Isagoras, élu archonte, cherche l’appui de Sparte pour instaurer à Athènes une oligarchie partisane prévoyant l’exil de 700 familles dont celle de Clisthène. Clisthène (dont on ignore s’il occupait alors une magistrature) fait condamner Isagoras à mort par contumace et boute Sparte hors de l’Attique. Si bien qu’après la suppression de la tyrannie par les aristocrates en 510, l’oligarchie aristocratique se fait éliminer par le peuple en 508.

508-07 : Clisthène, grand aristocrate (Alcméonide), ancien archonte (525), s’appuie sur le petit peuple pour réaliser une réforme vive, soudaine, décisive des institutions politiques, destinée à faire participer le peuple (artisans, commerçants, petits propriétaires, tenanciers) aux institutions politiques en diminuant corrélativement le rôle des aristocrates ; grand tournant politique qui fonde la démocratie athénienne sur la liberté politique égale pour tous les citoyens :

  • attribution de l’égalité des droits politiques (isonomie) à tous les citoyens pour l’accès aux institutions de la cité (sous réserve des qualifications propres à chacune d’elles) ; de là le droit à la parole et l’élargissement de l’accès aux fonctions officielles. Première révolution politique qui contribuera à intégrer le peuple dans la vie politique.
  • redécoupage territorial drastique de la cité-Etat : création de 3 régions géographiques et de peuplement citoyen différent, servant de socles à la formation de 10 tribus en Attique (cf. annexe 1, n°③). Organisation administrative territoriale innovante, élaborée, voire complexe, à considérer comme un préalable sociologique à l’implantation de la démocratie dès lors qu’elle a réussi à mélanger les citoyens indépendamment de leur naissance et de leur fortune, en d’autres termes à remplacer le principe gentilice traditionnel (source de multiples affrontements et conflits) par un principe territorial. Faut-il ajouter que ce redécoupage a duré 700 ans ?
  • création d’un Conseil des Cinq-Cents (Boulè), sorte d’administration centrale unificatrice (qui durera 700 ans aussi) où chaque dème (commune de base) est représentée.
  • répercussion de la division par tribu sur l’archontat (un 10ème poste d’archonte est créé) et sur la participation numérique des citoyens à l’armée ; de même un 10ème stratège.
  • institution de l’ostracisme : condamnation par l’ecclésia à l’exil pour 10 ans de toute personne jugée dangereuse pour la cité-Etat (mesure de protection directe contre un retour de la tyrannie).

506-495 env. : on ne saura plus rien de Clisthène ; mais l’histoire athénienne des 15 à 20 ans qui suivent sa réforme est mal connue.

Athènes au 5ème siècle

Athènes contre les perses, démocratie radicale

500-494 : début de la 1ère guerre perse par la révolte des cités grecques ioniennes (commerçantes, riches) contre les Perses dominateurs. Jusqu’en 500, les grecs ne connaissaient comme danger extérieur que celui, traditionnel, de Sparte. Or l’expansion perse (« barbare » pour un Grec), désormais ressentie par les Athéniens comme un danger pour leur liberté, se déroulait en Asie mineure depuis les conquêtes récentes par Cyrus le Grand (559-29) de Babylone, de la Médie, de l’Anatolie, puis par Darius 1er (522-486) de la Thrace et de la Macédoine ainsi que des cités grecques ioniennes (tyran de Milet) et de certaines îles de la mer Égée, comme Naxos, (destruction de la ville, déportation de la population), où la révolte serait née. Révolte ionienne si profonde que les Perses mettront 6 ans pour la maîtriser, en dépit des secours maritimes et terrestres des athéniens qui (comme d’autres Grecs) prendront à cette occasion conscience que le danger perse était peut-être plus grave que le danger spartiate. Trois hommes politiques athéniens vont alors s’appuyer sur les réformes récentes de Clisthène pour mobiliser le peuple contre les Perses et construire l’hégémonie athénienne du 5ème siècle : Thémistocle, Ephialte, Périclès.

493-78 : Thémistocle, archonte en 493, stratège en 490, conçoit la nécessité prioritaire pour Athènes de devenir une puissance maritime, non seulement pour combattre le danger perse menaçant, mais aussi pour avoir un avantage militaire sur Sparte (et ses alliés), enfin pour lutter contre la piraterie récurrente dans le monde égéen. Politique visionnaire à 2 volets : (1) construire immédiatement (483) des trières de combat, coûteuses certes, mais dont l’effort financier, accepté par l’ecclésia, sera allégé en 482 par la découverte et l’exploitation des riches mines argentifères du Laurion (en Attique). (2) construire un port fortifié au Pirée à relier ensuite à Athènes par de longs murs (en dépit de l’opposition explicite de Sparte).

492 : avant même qu’Athènes ne dispose de sa nouvelle force navale, la Perse étend sa domination en mer Égée et s’empare en 490 d’Érétrie (sur l’île Eubée), qu’elle détruit et dont elle déporte la population, pour débarquer sur le continent à Marathon (à 40 km d’Athènes) : initiative qui déclenche la 1ère guerre perse, (mal appelée guerre « médique » par les historiens français). La tactique astucieuse de Miltiade, stratège athénien, à la tête d’hoplites mobiles, assure à Marathon la victoire des Athéniens, seuls, sur les Perses qui y subissent leur 1ère défaite militaire (terrestre) depuis 60 ans. A Marathon, Athènes s’est prouvée être une cité guerrière.

487 : atmosphère délétère à Athènes où les familles d’aristocrates continuent de se disputer pour le pouvoir ; Isagoras déjà condamné, Thémistocle en fait ostraciser quelques-uns. Serait-ce la raison pour laquelle Thémistocle décide que les archontes, élus jusque-là au sein des 2 seules 2 premières classes censitaires, seront désormais désignés par tirage au sort ? Réforme politique majeure en ce qu’elle dépolitise l’archontat dont la fonction dirigeante suprême sera désormais assurée par les stratèges, chefs militaires élus par l’ecclésia et, de plus, rééligibles indéfiniment.

486 : Xerxès, grand roi perse, prépare par la route du Nord (craint-il déjà la nouvelle puissance maritime grecque ?) une grande offensive de revanche en Grèce sur une plus vaste échelle que celle de son père. 481 : Athènes s’allie à Sparte (absente de la 1ère guerre perse) et confie le commandement des troupes au spartiate Léonidas.

480-79 : 2nde guerre perse (ou médique). Descente militaire perse par la Thessalie, bataille navale incertaine au cap Artemision (Eubée nord), défaite spartiate héroïque aux Thermopyles, (où Léonidas et ses hoplites ont combattu jusqu’à la mort), prise d’Athènes, incendiée et mise à sac par les Perses. C’est alors qu’une tactique de Thémistocle (l’étranglement maritime) sauve la Grèce dans le détroit de Salamine (aux portes du Pirée), où la moitié de la flotte perse est éperonnée et détruite. Xerxès repart en Asie, laissant le soin à son général (et beau-frère) Mardonios, de poursuivre âprement le combat, mais Mardonios meurt en 479 à la bataille de Platées (en Béotie) d’où les Perses s’enfuient par le nord pour ne pas être massacrés, tandis que la flotte perse (ou ce qu’il en reste), poursuivie par les athéniens, est décimée au cap Mycale (Ionie).

Conséquences pour Athènes du gain des 2 guerres perses (ou médiques) 500-479 :

  • en externe : les 3 victoires grecques (1 à terre, 2 en mer) marquent un sérieux arrêt de la politique de conquête perse en Grèce et dans le monde égéen, les Perses restant cependant maîtres en Asie intérieure. Par ces victoires et après le retrait provisoire de Sparte sans ambition maritime, les Athéniens vont disposer dans le monde grec d’un empire sur lequel ils exerceront désormais une hégémonie terrestre et maritime.
  • en interne : profond développement du sentiment démocratique de la société athénienne  du fait que les rameurs qui muent les trières appartiennent pour la plupart à la 4ème (la dernière) classe de citoyens (les thètes). Chaque trière requérant en effet 170 rameurs (plus 30 archers et hoplites), et la flotte athénienne disposant d’environ 300 trières, cela signifie l’emploi d’environ 50000 rameurs. Leur nouveau rôle civique et leur nombre leur confère une réelle promotion politique qui équilibrera désormais le rapport de forces populaires revenant jusque-là à la 3ème classe des hoplites.

478-62 : les succès de Thémistocle, qui sont pour Athènes à l’origine d’une longue période de paix (jusqu’en 431), ne l’ont pas empêché d’être écarté du pouvoir par 2 stratèges, Aristide et Cimon, et d’être même plus tard ostracisé. Aristide créé et préside la Ligue de Délos dès 478 : confédération maritime, constituant contre les Perses une alliance militaire défensive (puis offensive de facto) de presque toutes les cités du monde égéen, placée sous commandement athénien. Aristide sera cependant vite écarté du pouvoir par Cimon, aristocrate, (fils du Miltiade de Marathon). La Ligue de Délos (env. 300 trières de combat) sera gérée par Athènes (perception d’un tribut monétaire élevé, sauf pour 3 îles payant en trières) qui en en assurant aussi la police (répressions sévères des résistances et défections) lui permettra d’exercer son impérialisme expansionniste dans le monde grec du 5ème siècle. Les 3 piliers de l’impérialisme athéniens sont : la flotte, le tribut et la fortification d’Athènes reliée au port. Cimon emmènera la Ligue en 468 vers une victoire totale sur la flotte et l’armée perses à Eurymedon (côte anatolienne sud). Peu démocrate et surtout pro-spartiate, il sera écarté du pouvoir par Ephialte.

462-61 : Ephialte, stratège depuis 468-67, profite d’une situation de crise interne (Cimon pro-spartiate, domination politique de l’Aréopage malgré le tirage au sort de ses membres depuis 487) pour déposséder l’Aréopage de la quasi-totalité de ses pouvoirs en faveur de l’ecclésia, du Tribunal du Peuple et du Conseil des 500. Transfert au peuple qualifié par Aristote de « révolution », en ce qu’il ouvre la voie à ce qu’une historiographie relativement récente a appelé « la démocratie radicale ». Et les événements s’accélèrent : Éphialte rompt avec Sparte, Cimon est ostracisé, … Éphialte est assassiné dans des conditions mystérieuses.

Périclès et l’impérialisme athénien

461-29 : Périclès. Les 32 années de gouvernance de Périclès comportent 2 périodes, la première de 18 ans où Périclès doit rivaliser avec divers adversaires politiques, la seconde de 12 ans où il est seul maître d’Athènes et de l’Empire (et dirige le début de la guerre contre Sparte 431/29).

461-43 (1ère période) : Périclès, politiquement actif depuis 465 et compagnon d’Éphialte, succède à celui-ci comme « chef du peuple » et en 451 comme chef d’Etat ; il rivalisera notamment avec Cimon, rappelé d’exil en 457 et un Thucydide junior, aristocrate (ostracisé en 443). Périclès poursuivra en interne la politique de démocratie radicale lancée par Ephialte : rétribution (misthos) au Tribunal du Peuple, au Conseil des 500, aux soldats et marins (pas à l’ecclésia), rétribution considérée par Aristote comme l’un des piliers de la démocratie radicale. Parallèlement, il restreindra en 451 les conditions de citoyenneté en exigeant 2 parents citoyens au lieu d’1. Sur le front extérieur (où Périclès fut particulièrement actif), ce furent 15 ans d’accrochages et de luttes pour maintenir l’hégémonie impérialiste, à terre contre Sparte (tensions croissantes), en mer Égée jusqu’à la coercition (Thasos, Egine) sur les « alliés » de la Ligue de Délos, puis en Egypte (460-54), occupée par les Perses, où Athènes subira un double désastre, sur terre et sur mer. En 449 par contre, double victoire contre la flotte perse en Chypre. Lassés d’une suite de revers/succès, Athènes signe avec la Perse la paix de Callias (448) et avec Sparte une paix de 30 ans (445) qui ne durera que 14 ans.

443-31 (2nde période) : Périclès, élu stratège en 443, réélu 15 fois ensuite (jusqu’à sa mort en 429), est maintenant seul pour diriger Athènes : période glorieuse en interne de calme et de grands travaux (penser au Parthénon). A l’extérieur toutefois, Périclès, panhellène malheureux, durcira la mainmise déjà sévère sur l’empire : montant élevé du tribut des « alliés » décidé par Athènes seule, transfert confiscatoire à Athènes en 454 du trésor du sanctuaire de Délos, pression militaire sur les « alliés » réfractaires (comme à Samos, à Byzance ou sur l’Eubée), unification des poids, mesures, monnaies. De membres autonomes, les « alliés » d’Athènes tendirent à devenir des sujets, dans un régime proche de celui d’une tyrannie (selon l’historien Thucydide). Contradiction d’une Athènes démocratique en interne, mais tyrannique, despotique en externe !

Suprématie d’Athènes indiscutée (478-31), mais intransigeante, qui confondra rapidement les intérêts de la Ligue avec ses intérêts propres : Thucydide considère à juste titre cette attitude comme la cause profonde de la grande guerre du Péloponnèse qui allait durer 27 ans et se conclure par la défaite surprise d’Athènes. Les causes immédiates ? Il en faudra plusieurs chez des alliés de Sparte (ou anciens alliés) : Corfou/Corinthe, Potidée (Chalcédoine), Mégare/Athènes. Autant d’incidents graves, mal vécus par Sparte qui, alors en position de faiblesse (diminution structurelle de sa population, donc de ses soldats-citoyens, crainte d’un soulèvement récurrent d’hilotes, manque de moyens financiers,…), hésitera énormément avant de relever le défi athénien. Après encore d’ultimes et vaines négociations de sa part en 431, Sparte finira par rassembler ses troupes sur l’isthme de Corinthe et ouvrira la guerre contre Athènes.

Athènes contre sparte : la grande guerre du Péloponnèse (431-04) 

Guerre recherchée par Périclès qui pensait pouvoir aisément l’emporter sur Sparte. Sans doute. Mais il meurt inopinément dès 429. Après lui, une Athènes désunie, divisée, subira la guerre qui affectera la plupart des cités grecques et se déroulera dans l’incohérence et le désordre. Deux séquences (contre 3 pour beaucoup d’historiens) peuvent en rendre compte :

431-21 : activisme militaire selon la tactique du chat et de la souris (Perse hors conflit) :

  • 431-29 : Périclès ordonne à la population rurale de l’Attique (2/3 du total) d’évacuer tout de suite les terres pour se réfugier dans Athènes/le Pirée fortifiées. Motif : éviter l’affrontement direct avec les forces spartiates jugées (à juste titre) plus fortes que les athéniennes,
  • 431 : les forces spartiates envahissent effectivement les terres attiques qu’elles ravagent, (elles les envahiront 5 autres fois encore entre 430 et 425),
  • Périclès réagit sur mer en envoyant 100 trières ravager offensivement les côtes du Péloponnèse,
  • 429 : le repli de la population dans Athènes s’est révélé doublement néfaste : (1) les athéniens ruraux admettent difficilement les raids et razzias gratuits de leurs biens par les spartiates, (2) l’insalubrité de leur entassement dans Athènes accentua une épidémie de typhus (ou de peste) venue d’Afrique qui a emporté 1/3 de la population dont Périclès soi-même,
  • 429-22 : après Périclès, Cléon, citoyen du peuple, commerçant, démagogue, rival acharné de Périclès, l’emporte pendant 7 ans sur divers rivaux ambitieux, comme Nicias, stratège aristocrate pacifique. La guerre se développe alors surtout comme une suite d’opérations ponctuelles dévastatrices (raids maritimes, raids terrestres, villes rasées…), unilatérales, sans combat. Sauf 2 affrontements significatifs : (1) en 425, une défaite spartiate sur l’îlot de Sphactérie (Messénie), humiliante en raison des 120 hoplites spartiates qui se sont rendus plutôt que de combattre jusqu’à la mort comme ils le devaient, (2) en 422 la défaite athénienne d’Amphipolis (Chalcidique), où Cléon et le général spartiate trouvent tous les 2 la mort,
  • 421 : la lassitude des 2 belligérants les conduit à conclure la « paix » de Nicias sur la base d’un statu quo ante bellum pour 50 ans. Un an plus tard, la guerre reprend !

420-03 : gouvernance athénienne à la dérive ; victoire militaire de Sparte ; Athènes politiquement redressée in extremis par un profond ressac démocratique :

  • 420 : Alcibiade, stratège aristocrate (cousin de Périclès), opportuniste au jeu personnel, prend le dessus à Athènes, rompt la paix de Nicias, s’allie à Argos (Péloponnèse) ennemie traditionnelle de Sparte. Peu d’évolution militaire jusqu’en 415 où Athènes est appelée à l’aide par Ségeste (Sicile), son alliée, attaquée par Syracuse, alliée de Sparte.
  • 415-13 : expédition sicilienne imposée par Alcibiade aux Athéniens, malgré l’exhortation contraire de Nicias. Opération désastreuse, sur terre et sur mer. Sur mer surtout, où y perdant une grande partie de sa flotte, Athènes perdait non seulement ses moyens mais son autorité pour continuer à diriger la Ligue de Délos qui subissait déjà des défections depuis au moins 454. Cela signifiait pratiquement la fin de l’empire athénien. Sur terre, Sparte, qui avait abandonné sa politique de raids pour mener une politique de terrain, occupe Décélie, site fortifié à 25 km au nord d’Athènes, lui permettant de contrôler la campagne attique et les mines du Laurion. De plus, Sparte s’allie au roi de Perse.
  • 412 : condamnation d’Alcibiade qui s’exile à Sparte chez l’ennemi, auquel il conseille de s’allier à la Perse supposée intéressée à profiter de la perte de puissance maritime d’Athènes. Devenant vite suspect à Sparte, il la trahit pour la Perse à laquelle il recommande de s’allier à Athènes contre Sparte ! Peu d’effet là aussi, car Sparte reste alliée de la Perse (dont elle obtient de sérieux moyens financiers) qui reprend ja domination des cités ioniennes aux dépens d’Athènes.
  • 411 : Athènes est encore sous l’effet de l’immense désastre militaire, humain, moral, financier, de Sicile. Crise sociale et démocratique (peuple à la dérive), réveil de l’opposition oligarchique (Théramène, Pisandre,…) qui réalise un putsch en juin 411, obtenant de l’ecclésia terrorisée l’abolition de la démocratie, l’adoption d’une oligarchie censitaire, la suppression du misthos, mais :
  • juin 411 : rébellion du reste de la flotte athénienne réfugiée à l’île de Samos avec ses rameurs et quelques hoplites qui, en armée civique, s’érige en contre-pouvoir démocratique ; Samos (meneur Thrasybule) était la seule cité égéenne restée fidèle à Athènes (Théramène). Samos fit appel à Alcibiade qui, venant de vaincre 2 fois Sparte en mer au profit de la Perse, trahissait cette fois la Perse pour revenir (est-ce croyable ?) dans le giron d’Athènes, alors sauvée par un profond ressac démocratique.
  • juin 410 : rétablissement de la démocratie à Athènes.
  • 408-04 : Sparte, aidée financièrement par la Perse, gagne la bataille navale de Notion (407) contre Alcibiade, occupe une grande partie de la Grèce, encercle Athènes.
  • 406 : victoire navale athénienne sur la flotte spartiate au large des îles Arginuses (au sud de Lesbos,). Sparte demande la paix avec statu quo post bellum : Athènes refuse.
  • 405 : Sparte reprend l’Hellespont pendant que Lysandre, basé à Ephèse, détruit la flotte athénienne qu’il surprend au mouillage à Aigos Potamos (SE île Lesbos) en l’absence des marins partis en ville ! Défaite d’Athènes qui perd la guerre et sa puissance maritime au prix d’une ruse de guerre et non d’un combat ! Lysandre bloque le Pirée, occupe Athènes ; Sparte fera raser les Longs Murs.
  • 404 juin-déc : Sparte installe à Athènes un régime oligarchique, dit des « 30 Tyrans », plus radical que celui de 411 (garnison étrangère, abolition de nombreuses lois, terreur de répression, proscriptions, exactions). Des dissensions interviennent rapidement entre les 30.
  • 403 : situation de guerre civile entre l’Athènes-ville des oligarques et le Pirée des réfugiés démocrates (Thrasibule). Intermédiation de Sparte qui désavoue Lysandre et rétablit fin 403 la démocratie ( !) à Athènes, mais une démocratie modérée.

Après 27 ans d’une guerre épuisante perdue faute aussi d’une gouvernance unifiée et cohérente, Athènes se trouve en 403 dans une situation matérielle et financière déplorable. A un point majeur près : celui de la vigueur morale et civique avec laquelle certains Athéniens du peuple ont à 2 reprises (411 et 403) énergiquement repoussé l’oligarchie et rétabli la démocratie. Témoignage de la profondeur et de la vivacité du sentiment démocratique du peuple athénien, où qu’il soit. Faudra-t-il s’étonner qu’au 4ème siècle la démocratie ait été déifiée à Athènes, et que la cité ne connaîtra pas de nouveau régime oligarchique avant l’hégémonie macédonienne (322) ?

Athènes au 4ème siècle

démocratie athénienne réformée, luttes fratricides entre Grecs, mise au pas de la Grèce par la macédoine

La polis (il y en eut de 1000 à 1100 cités) a structuré la vie humaine du monde grec depuis l’an 800 environ. Les deux plus importantes, Sparte et Athènes, ont cherché à unifier l’ensemble, mais au prix de guerres fratricides incessantes pour dominer puis pour maintenir l’hégémonie acquise à leur profit, ce qui les a finalement piégées. Athènes a échoué au 5ème siècle, Sparte et Thèbes au 4ème siècle. Intervient alors la Macédoine qui, n’étant pas une polis mais un vaste Etat monarchique centralisé, aura a priori plus de chance qu’une cité pour réussir.

Hégémonie fragile de Sparte : 405-371

La victoire maritime inopinée de Sparte sur Athènes en 405 lui confère l’hégémonie sur la Grèce continentale, mais pas sur le monde grec des îles égéennes ni sur la cote anatolienne sous domination perse depuis l’alliance de Sparte avec la Perse en 412.

400-394 : Sparte rompt son alliance avec la Perse et mène une guerre de 5 ans (399-94) pour libérer les grecs égéens de la domination perse. Echec, la mer Egée reste perse.

395-86 : guerre de Corinthe. Sparte (Agésilas, roi de 398 à 360) exerce une politique dominatrice dont le joug oppresseur suscite une coalition générale, même de la part de ses vieux alliés (Thèbes, Corinthe) ; coalition contre Sparte financièrement soutenue par la Perse. 394 : Sparte gagne une bataille sur terre, mais est battue sur mer à Cnide (SE Égée) par Athènes qui par-là récupère des îles en mer Égée (dont Rhodes). Car Athènes, après sa débâcle de 405, s’est vite ressaisie sous l’autorité du navarque Conon (vainqueur de Cnide, il eut sa statue de bronze sur l’agora) et de l’appui financier des Perses opportunistes : reconstitution de la flotte, relèvement des Longs Murs. Ce rebond d’Athènes inquiète Sparte et même la Perse qui se rapproche de Sparte pour fermer le Bosphore aux vaisseaux grecs venant régulièrement dans le Pont-Euxin chercher des céréales russes. Puis les Perses cessent de soutenir les coalisés qu’ils cherchent à diviser en les arbitrant par la paix d’Antalcidas en 386 : à la Perse, Chypre et les cités d’Asie (ressenti par Athènes comme une trahison de Sparte) ; à Athènes, 3 îles (Lemnos, Imbros, Syros) ; enfin, autonomie aux cités égéennes et béotiennes autour de Thèbes (depuis 446).

386-71 : Sparte contre Thèbes. Ayant pratiquement échoué en mer Égée, Sparte entreprend une politique active sur terre, notamment contre Thèbes où elle impose un tyran et une garnison pendant 3 ans (382-79) ; mais les exilés thébains, dirigés par Epaminondas, libèrent la ville et y massacrent la garnison thébaine. Epaminondas prend le pouvoir à Thèbes en 379, rétablit la démocratie, reconstitue une ligue béotienne, réorganise la phalange et crée un corps d’élite. Sparte s’épuisera en vain à ne lancer rien moins que 4 expéditions qu’elle perdra contre cette nouvelle force. Cette nouvelle force abuse aussi de sa puissance (destruction de Platées, sa voisine, notamment).

377-71 : Athènes constitue une 2nde confédération maritime, contre Sparte cette fois (la 1ère confédération, celle de Délos, était contre la Perse) d’une soixantaine de cités insulaires et thraces, tout en s’engageant à ne pas renouveler les erreurs de gestion de la Ligue de Délos (d’où ni tribut, ni garnisons, ni clérouquies) ; plusieurs victoires navales (Naxos, 374). Sparte, inquiète de la nouvelle puissance militaire de Thèbes et du renouveau impérialiste d’Athènes, tente de négocier : Thèbes n’y consent pas mais Athènes y consent, ce qui laisse à Sparte la voie libre pour attaquer Thèbes.

371 : l’affrontement a lieu à Leuctres (Béotie) où Sparte avait maintenu son armée. Les innovations militaires d’Épaminondas (génie inventeur de l’ordre de bataille oblique et de la cavalerie lourde comme arme de choc) entraînent la 1ère défaite militaire écrasante (1/3 des effectifs) quasi inconcevable de Sparte depuis 2 siècles (!) et signifie la fin de l’hégémonie spartiate.

Hégémonie insolite mais brillante de Thèbes sous Epaminondas : 371-62

Poursuivant sa lutte contre Sparte déjà bien éprouvée, Épaminondas entreprend 2 opérations complémentaires : (1) quatre expéditions terrestres dans le Péloponnèse (Arcadie et surtout Messénie), zone traditionnelle d’influence spartiate, en vue de rendre leur autonomie politique aux ex-cités-Etats dominées depuis le 6ème siècle par Sparte ; ce qui fut fait, réduisant l’influence de Sparte à la seule petite Laconie, (2) création en 368-66, avec vraisemblablement l’aide financière perse, d’une flotte de 100 trières pour gêner la domination athénienne renaissante en mer Égée qui vient en 369 de s’allier à Sparte : opération qui reprend opportunément celle de Thémistocle pour Athènes en 490, selon laquelle on ne peut envisager de domination du monde grec sans maîtrise maritime.

362 : Épaminondas attaque et bat Sparte sur terre à Mantinée (Arcadie, centre du Péloponnèse), avec la même méthode tactique qu’à Leuctres ; seconde grave défaite militaire de Sparte et de ses alliés (dont Athènes), mais Épaminondas y meurt et avec lui l’hégémonie de Thèbes : personne ne pourra y prendre les rênes pour exploiter sa victoire.

Thèbes, petite cité-Etat démocratique de Béotie (région où il n’y a jamais eu de véritable rapprochement ou de coopération entre cités), n’avait ni l’assiette, ni les moyens, d’exercer une hégémonie autre qu’« insolite » (Amouretti et Ruzé) : elle fut due au dynamisme et au génie politico-militaire d’un seul homme, Epaminondas, hors du commun, sans successeur possible, qui avait créé et géré une puissance militaire plus moderne que celle de Sparte.

Hégémonie macédonienne. Philippe II, roi de Macédoine, conquiert la Grèce : 359-36 

La Macédoine (périphérie nord du monde grec) est un territoire agricole, peu urbanisé. Elle est dotée d’un régime monarchique instable, (1) en interne, où le roi Perdicas III a pris le pouvoir en 365 ayant tué Ptolémée, régent, qui avait lui-même tué Alexandre II en 368, son prédécesseur, frère de Perdicas, (2) en externe, où elle est exposée à des voisins turbulents (Illyrie, Thrace) qui troublent souvent les frontières.

359 : Perdicas meurt lors d’une énième attaque illyrienne, ouvrant une énième crise politique ; or son fils, Amyntas IV, n’a que 3 ans. Le dernier oncle vivant d’Amyntas, Philippe, choisi comme tuteur et régent, élimine rapidement plusieurs compétiteurs et se proclame roi à la place de son neveu en 356.

Philippe II, homme d’Etat d’exception, redressera et stabilisera l’Etat en 2 ans, puis imposera en 20 ans sa domination sur toute la Grèce (sauf Sparte/Laconie) qu’il unifiera pour la lancer en 336 en Asie contre les Perses ; il y sera assassiné l’année même.

  1. 359-58 : (1) rétablissement de la stabilité interne en Macédoine : unification, création d’une adion centrale, réforme de l’adion locale, assainissement des finances, (2) réforme militaire profonde à l’instar de celle d’Epaminondas qu’il avait admirée lorsqu’il fut à Thèbes comme otage, garant du roi Ptolémée de 368 à 365 : d’une part, armement repensé, plus léger et plus offensif (suppression cuirasse, bouclier réduit d’1/3 mais pique-sarisse de plus de 7m de long), de l’autre, tactique modernisée (ordre de bataille oblique, phalange compacte, fantassins élites), invention de la tour de siège. Supériorité militaire générale.
  1. 358-46 : conquête progressive de la Grèce septentrionale. D’abord pour battre les Illyriens turbulents (358) et se constituer en Chalcidique (357-55) une façade maritime qui lui manquait. Pas de réaction à ce stade de la part d’Athènes alors occupée par la guerre avec ses « alliés » maritimes révoltés qui la battent à Embata (356) : grosse défaite maritime des athéniens qui glissent en interne de 355 à 346 sous l’influence des pacifistes pro-macédoniens, en particulier d’Eubule. Seul Démosthène, rhéteur, en politique depuis 359, s’opposait aux pacifistes, mais pensait au danger perse plus qu’au macédonien.

352 : Conquêtes avancées, de plus en plus politiques. La Macédoine, présente en mer de Marmara, débute la conquête de la Thrace (immense territoire, conquête toujours à recommencer qui durera jusqu’en 340 où Alexandre l’annexera) puis descend en Thessalie. Un incident à Delphes (Phocide) pour la protection du sanctuaire d’Apollon dont Philippe est devenu l’un des protecteurs lui donne l’occasion d’avancer encore, mais se fait bloquer aux Thermopyles par les Athéniens. Il fallait cela pour que les Athéniens prissent enfin conscience du danger macédonien. Démosthène déploie alors tout son talent oratoire dans sa 1ère Philippique (351) pour dénoncer l’impéritie des Athéniens devant l’avidité croissante de Philippe et les inciter à renverser le cours des choses par un sursaut d’énergie (corps expéditionnaire, armée permanente de citoyens, renforcement de la flotte). En vain pour l’instant.

349-46 : Philippe continue ses conquêtes. Siège d’Olynthe (ville dominante de Chalcidique) qu’il rasera entièrement et dont il vendra toute la population comme esclave malgré les appels enflammés de Démosthène dans sa 1ère Olynthienne (349) ; le contingent envoyé par Athènes pour aider Olynthe arrivera trop tard. Conquête également d’Eubée (île géopolitiquement essentielle pour la défense d’Athènes) révoltée contre Athènes. 348 : lassitude et résignation d’Athènes qui négociera pendant 2 ans avec Philippe pour accepter la paix de Philocrate et reconnaître les conquêtes de Philippe en Grèce septentrionale.

  1. 346-38 : Philippe conquiert Athènes et Thèbes, derniers obstacles en Grèce méridionale (Sparte ne compte plus guère militairement depuis sa défaite désastreuse de Leuctres en 371). Philippe, encore immobilisé par sa conquête de la Thrace, passe en 343 un pacte de non-agression avec la Perse, alors que se développe en Grèce un large front anti-macédonien. La 2ème Philippique (343) de Démosthène dénonce les dangers que courent les cités grecques acceptant (de gré ou de force) l’impérialisme macédonien (garnisons, commissaires, perte d’autonomie).

342 : Athènes passe à l’action dans le nord de l’Égée (Bosphore, Lesbos) ; Thèbes et l’île d’Eubée acceptent une offre d’alliance de l’Athènes de Démosthène.

341-38 : Démosthène, au pouvoir, dénonçant dans la 3ème Philippique (341) l’avilissement immoral et de Philippe et de toute la Grèce, s’évertue à redonner un esprit civique à ses concitoyens-soldats et aux mercenaires. Plusieurs incidents diplomatiques et militaires pendant 2 ans émaillent ses relations avec Philippe qui saisit en 338 une nouvelle occasion de s’emparer de Delphes, puis de Naupacte sur le golfe de Corinthe ; Philippe offre la paix à Athènes et à Thèbes qui refusent, lesquels se font alors écraser militairement à la bataille de Chéronée en 338, près de Delphes, bataille remportée par la cavalerie lourde (à la mode d’Épaminondas) commandée par Alexandre (18 ans), fils de Philippe. Les cités grecques ont perdu contre la Macédoine.

338-37 : Athènes passe sous le protectorat de la Macédoine : échec patent pour Démosthène et les politiciens anti-macédoniens. Démosthène se retire progressivement de la vie politique, lorsque Ctésiphon, orateur, propose qu’il lui soit décerné une couronne en or de reconnaissance ; Eschine, grand orateur politique, attaquera en 330 cette décision dont le procès donnera lieu à la célèbre plaidoirie sur « La Couronne » de Démosthène qui y défend Ctésiphon.

d) 338-36 : Philippe ménage Athènes dont il pourra avoir besoin (flotte conservée et entretenue) mais traite sévèrement Thèbes (Thèbes, révoltée contre Alexandre en 335, sera rasée par celui-ci, la population massacrée ou réduite en esclavage). Philippe impose en 337 une alliance confédérale à la Grèce (sauf à Sparte), la Ligue de Corinthe, en vue de porter la guerre en Asie contre la Perse. 336 : débarquement en Asie mineure, assassinat de Philippe, avènement d’Alexandre.

Alexandre de Macédoine conquiert l’empire perse (aperçu) : 336-23 

336-34 : la disparition de Philippe s’accompagne d’une agitation générale en Grèce, où

Alexandre doit commencer par consolider son pouvoir, jusqu’à mener campagne (335) en Thrace et en région danubienne. En 331 encore, il fera réprimer un soulèvement de Sparte à Mégalopolis (Péloponnèse).

334-23 : hégémon de la ligue de Corinthe, Alexandre débarque en Asie pour une longue expédition qui sera une suite ininterrompue de batailles ; excellent stratège, invaincu tout au long de sa vie, « héros dont la gloire accompagne les pas » (Racine). La 1ère année, peu de résistance terrestre mais vigoureuse contre-offensive maritime. La 2ème année, déjà presqu’en Mésopotamie, Alexandre battra Darius III, roi des Perses, à Issos (333), puis en 331 à Gaugamèles, où il sera assassiné par un de ses satrapes. 331 : Alexandre incendie Persépolis et y massacre la population. 326 : il atteint l’Indus qu’il traverse, mais les troupes refusent de le suivre  début du retour. Alexandre décrète à Suse (Mésopotamie) le retour en Grèce des grecs précédemment exilés ; mécontentement général et des intéressés et des cités grecques concernées. 10 juin 323 : mort d’Alexandre à Babylone.

323-281 : 40 ans de l’impossible succession d’Alexandre le Grand

Alexandre n’avait pas organisé sa succession à la tête de son empire. Qui succédera ? Un de ses 2 héritiers familiaux ? Non, car son ½ frère, Philippe (né en 357) est mentalement déficient, et son fils Alexandre, encore à naître (de Roxane), est de sang mélangé. En outre, les 2 seront assassinés, le 1er (317) sur ordre d’Olympias, sa belle-mère, soucieuse d’assurer l’avenir de son petit-fils Alexandre, le 2nd (310), avec Olympias, sa grand’mère, par Cassandre qui veut éviter un obstacle légitime à sa prise de pouvoir.

Seuls successeurs (« diadoques ») possibles : de nombreux généraux de l’entourage d’Alexandre (ou de Philippe). Mais il leur faudra 40 ans de guerres sans fin, d’ambitions rivales sans limites ni concessions, d’alliances nouées, dénouées, renouées …, d’assassinats sans vergogne, pour finalement tous mourir sans y arriver, sauf pour le dernier qui aura vaincu l’avant-dernier sur le champ de bataille. Histoire sinistre, « résumée » ci-après :

juin 323 : accord des généraux à Babylone par lequel 2 d’entre eux sont reconduits dans leurs hautes fonctions précédentes: Perdicas comme vice-roi (chiliarque) pour l’Asie, Antipater comme régent de Macédoine/Grèce (ci-après « Europe ») ; 23 généraux reçoivent une satrapie (division administrative de la Perse). 6 guerres vont suivre :

321 – 1ère guerre diadoque : Perdicas, autoritaire, maladroit, est vite malmené par une large coalition contre lui. Il attaque Ptolémée en Egypte, mais y est assassiné. Nouvel accord entre généraux à Tripardisos (Syrie nord) : Antigone le Borgne (né en 382), stratège macédonien, remplace Perdicas, Cassandre devient chiliarque adjoint d’Antigone.

319 : Antipater meurt (mort naturelle) à 78 ans, après avoir nommé pour lui succéder en Macédoine/Grèce Polyperchon, son adjoint depuis 5 ans, et en Asie son fils Cassandre. Nominations mal reçues : Cassandre pensait succéder à son père, Antigone n’est pas reconduit en Asie où il est remplacé par Eumène de Cardia, chancelier d’Alexandre.

317-16 – 2ème guerre diadoque : les 2 déçus interviennent contre Polyperchon. (1) en Grèce, Cassandre débarque au Pirée, occupe Athènes, puis envahit la Macédoine : Polyperchon se réfugie au Péloponnèse. (2) en Asie, Antigone bat Eumène et l’assassine ; il est alors maître en Asie, de l’Hellespont à l’Indus, y compris de Babylone, provisoirement conquise sur le satrape Seleucos. Antigone, sans doute le plus grands des diadoques, est le seul qui croit encore (et jusqu’à sa mort) à la reconstitution de l’unité de l’empire d’Alexandre, ce qui est une menace permanente pour les autres.

315-11 – 3ème guerre diadoque : Antigone (67 ans), alors le plus puissant des candidats, a 4 généraux comme adversaires (du plus au moins dangereux) : Ptolémée (Egypte, Phénicie, Syrie), Cassandre (Macédoine et Grèce du nord), Lysimarque (Hellespont, Thrace immense et turbulente), Seleucos (Mésopotamie, Babylone). Il mènera l’attaque sur 3 fronts, (1) 315-14, il intervient lui-même contre Ptolémée l’Égyptien en Phénicie et en Syrie où il assiégera 15 mois la ville de Tyr avant qu’elle ne capitule. De Tyr, il lancera un programme politique de libertés aux grecs contre la domination macédonienne. (2) est secondé par son neveu Polémée antagonide qui intervient en Ionie-Carie pour repousser Cassandre puis en Hellespont contre Lysimarque ; en 314, avec une flotte de 150 trières, il accostera en Béotie et en 2 ans chassera Cassandre de presque toute la Grèce, sauf d’Athènes. (3) en 312, est secondé par son fils, Démétrios Poliorcète (né en 336, élevé en Asie), qui se fait battre à Gaza par Ptolémée l’Égyptien qui a décidé de reconquérir la Syrie.

311 : après Gaza, nouvel accord des diadoques où Antigone renonce à quasiment tous ses gains territoriaux récents sans qu’aucun de ses adversaires ne soit définitivement battu ou écarté. Il gagne cependant un certain prestige moral par la réaffirmation de son programme de Tyr prévoyant la liberté des grecs et l’autonomie des cités (c’est à dire le départ de toutes les garnisons macédoniennes). L’accord ne fut qu’une trêve de courte durée.

311-09 : Antigone, bloqué à l’ouest, se reporte sur l’est asiatique. Avec son neveu Polémée, il attaque Séleucos pour récupérer la Mésopotamie. Échec de 2 sièges de Babylone qui conduit Antigone à abandonner à Séleucos tout territoire à l’est de l’Euphrate.

309-01 – 4ème guerre diadoque : Polémée, s’estimant mal récompensé, trahit son oncle Antigone avec la flotte et une partie de l’armée au profit de Cassandre. Il mène campagne contre plusieurs cités de la côte anatolienne et débarque dans le Péloponnèse, jusqu’à Corinthe ; s’allie rapidement à Ptolémée l’Égyptien (lequel lui fera ultérieurement boire la ciguë).

307 : Antigone envoie Démétrios Poliorcète, son fils, en Grèce pour y prendre pied. 1er objectif : déloger Cassandre d’Athènes. Démétrios conquiert Le Pirée par la mer, y est accueilli en libérateur, y rétablit la démocratie. Inacceptable pour Ptolémée l’Égyptien qui pille les côtes de la Syrie et dont l’influence grandissante dans la mer Égée risque de couper l’Asie mineure de la Grèce.

306 : à la demande d’Antigone, Démétrios Poliorcète part avec 200 trières vers Chypre dont Ptolémée s’est emparé vers 312. Victoire décisive de Salamis (côte est de l’île), à la fois maritime (destruction de la flotte) et terrestre, sur Ptolémée. Antigone, ainsi vainqueur de son principal adversaire dans la marche au pouvoir suprême, s’auto-proclame Roi, successeur d’Alexandre, dans l’esprit d’une monarchie unie et universelle.

305 printemps : attaque combinée d’Antigone (par terre) et de Démétrios (par mer) pour envahir l’Egypte. Échec (résistance locale efficace, difficultés pour passer le Nil, maladies, famines, tempêtes). Ptolémée, vainqueur, se proclame aussi Roi, ce qu’imitent sans attendre les autres diadoques ; objectif : ne pas dépendre un jour d’Antigone-Roi.

305 été – 304 : retour d’Egypte, Démétrios s’attaque à Rhodes qui lui refuse le mouillage. Siège célèbre de plus d’un an, doté de moyens de grande ampleur mais qui échoue au tout dernier moment parce que les Athéniens, menacés par Cassandre, appellent au secours Antigone, qui appelle Démétrios pour venir les libérer. Démétrios lève inopinément le siège de Rhodes en obtenant simplement un accord d’alliance, mais pas contre Ptolémée.

304 fin : Démétrios débarque en Boétie et poursuit Cassandre déjà en fuite vers la Macédoine. Entrée triomphale de Démétrios à Athènes,

303-02 : Démétrios reconquiert une grande partie de la Grèce du centre et du sud.

302 : reconstitution de la ligue de Corinthe contre la Macédoine. Fin 302 : coalition de Cassandre, Lysimaque, Ptolémée l’Égyptien contre Antigone en Asie, à laquelle se joint, Séleucos, retour d’Inde (Cappadoce) ; l’intervention de Séleucos bouleverse le rapport de force. La menace est telle en Asie pour Antigone (81 ans) que, même si Ptolémée ne viendra pas d’Egypte participer au combat, Démétrios renonce une 2de fois à attaquer Cassandre en Grèce pour venir secourir son père.

301 – Bataille mémorable d’Ipsos (Phrygie). Moyens considérables : 60 à 70000 hommes et 10000 cavaliers de part et d’autre, 400 éléphants de combat côté Lysimaque, 75 côté Antigone. Mort d’Antigone (82 ans)  défaite. Démétrios s’échappe alors vers Éphèse avec les hommes qui ne l’ont pas déserté pour les coalisés, puis en mer Égée avec la flotte. Ipsos est à la fois la fin du projet de reconstitution d’empire uni et le partage du royaume d’Antigone entre les rois vainqueurs.

Démétrios continua avec sa flotte et son autorité maintenue à Corinthe et Mégare de combattre pour reconquérir Athènes passée sous l’autorité de Cassandre. Cassandre mourant en 297, Démétrios reconquiert Athènes en 294 où il rétablit la démocratie, avant de devenir roi de Macédoine, maître de la Grèce. En 289-88, les diadoques (Lysimaque, Séleucos, Ptolémée) se coalisent contre lui et le chassent sévèrement de la Macédoine qu’ils se partagent (l’Est à Lysimaque/l’Ouest à Pyrrhus d’Épire). 287 : les diadoques coalisés incitent même les Athéniens à se révolter contre Démétrios, lequel entreprend le siège d’Athènes pendant lequel les coalisés négocieront son départ.

285 : 5ème guerre diadoque : Démétrios est fait prisonnier.

281 : 6ème guerre diadoque : Séleucos gagne sur Lysimaque,

Les guerres continueront entre les Séleucides (Asie) et l’Egypte lagide. Car, bien qu’absent à Ipsos, Ptolémée l’Égyptien réclama sa part du gâteau, particulièrement en Syrie. Refus ; ce furent alors 6 longues guerres de Syrie de 274 à 168 !

322-287 : la démocratie athénienne bousculée par 40 ans de la succession d’Alexandre

Antipater, général macédonien, depuis déjà 342 régent intérimaire de Macédoine lors des absences de Philippe II puis d’Alexandre, sera en 323 régent de Macédoine et de la Grèce jusqu’à sa mort en 319.

323-22 : la mort d’Alexandre a rapidement incité Athènes, l’Étolie (ouest de la Béotie) et quelques autres cités à se soulever contre la Macédoine pour essayer de récupérer leur indépendance. Double échec, maritime près de Naxos (Cyclades), terrestre à Cranon (Thessalie).

322 : Antipater charge Phocion (80 ans), stratège athénien, oligarque pacifiste, de diriger Athènes, réclame la tête d’Hypéride, chef du soulèvement récent, et celle de Démosthène (qui préférera se suicider plutôt que de se rendre). Phocion : « annule » la démocratie, instaure une oligarchie très censitaire (1/3 de la population se voit privée de ses droits politiques), garnison macédonienne à Athènes et au Pirée, fait renoncer Athènes à toute puissance maritime.

318 mai : Phocion (84 ans), ayant autorisé Cassandre, général oligarque, à laisser entrer ses troupes dans le Pirée à garnison macédonienne, est condamné à mort pour trahison (réhabilité en 317 par la même ecclésia versatile).

318 été : Polyperchon, général démocrate, régent de Macédoine et de Grèce (successeur désigné d’Antipater), proclame la liberté des cités grecques et fait rétablir la démocratie à Athènes.

317-07 : Cassandre s’empare du Pirée et nomme Démétrios Phalère, orateur et péripatéticien, gouverneur d’Athènes. Démétrios Phalère « abolit » la démocratie et rétablit une oligarchie modérée (abaissement du cens de Phocion). Démétrios de Phalère est adulé par l’Attique qui passera 10 années heureuses avec lui. Vers 312-11 toutefois les sentiments anti-macédoniens se réveillent à Athènes au profit d’Antigone le Borgne, diadoque démocrate actif en Asie.

307 : Démétrios Poliorcète, fils d’Antigone, prend le Pirée, assiège et prend Athènes, où il rétablit la démocratie. Démétrios de Phalère se réfugie à Alexandrie.

306-04 : Cassandre profite de l’absence de Démétrios Poliorcète, parti en Chypre (victoire de Salamis) puis à Rhodes (siège de plus d’un an), pour assiéger et prendre Athènes jusqu’en 304. Tout donne à penser que Cassandre n’a pas à nouveau aboli la démocratie.

304 : Démétrios Poliorcète, retour de Rhodes, débarque en Boétie, provoquant la fuite d’Athènes de Cassandre vers la Macédoine. Il est glorifié à Athènes comme le fils de Poséidon et d’Aphrodite. Puis reprend l’offensive en Grèce contre Ptolémée l’Égyptien et Cassandre.

304-297 : Athènes en guerre civile (stasis) entre Charias, oligarque (chef des hoplites), et Lacharès, démocrate (chef des mercenaires). Lacharès passe ensuite du côté de Cassandre qui lui demande de rétablir l’oligarchie ce qu’il fait mais en conservant les institutions démocratiques ( !). En 300, Lacharès fait assassiner Charias puis se comporte en « mauvais tyran », pillant les temples (y compris le Parthénon) et leurs trésors, avant de s’enfuir lorsque Cassandre meurt (297).

294 : Démétrios reconquiert Athènes (puis Sparte, …) et y rétablit la démocratie (sans doute malmenée depuis quelque temps par la guerre civile). Il devint roi de Macédoine, proclamé par l’armée après l’assassinat du successeur de Cassandre, et fut maître de la Grèce (sauf Sparte, Étolie, Locride) entre 294 et 288.

287 : les diadoques coalisés chassent Démétrios Poliorcète, d’abord militairement de Macédoine puis, par négociation, d’Athènes dont il faisait le siège. Athènes redevient indépendante. Démétrios continuera la lutte en Anatolie par des mouvements de troupes nombreux et rocambolesques contre les coalisés. Il sera capturé en Syrie par Séleucos, entre les mains de qui il mourra en 283. Au total, Démétrios Poliorcète était surtout un soldat et, à ce titre, aida considérablement son père Antigone, sur mer comme sur terre ; le père définissait la stratégie pour le fils et l’on sait que, contrairement à tous les usages guerriers de l’époque, le fils montrait toujours, de la considération et de l’humanité pour ses ennemis vaincus. Privé de son père en 301, les talents purement militaires du fils n’ont pas suffi à faire de lui un homme d’Etat sachant imposer une autorité politique.

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