Roumazeilles.net https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress Photographies numériques et opinions technophiles Mon, 22 Jun 2020 07:56:22 +0000 fr-FR hourly 1 Florilège de l’histoire de l’architecture contemporaine mondiale de 1850 à 2010 https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/06/30/florilege-de-l-histoire-de-l-architecture-contemporaine-mondiale-de-1850-a-2010/ https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/06/30/florilege-de-l-histoire-de-l-architecture-contemporaine-mondiale-de-1850-a-2010/#respond Tue, 30 Jun 2020 19:27:00 +0000 https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/?p=10990

Cet article fait partie d’une série d’études non-universitaires (provenant d’amateurs éclairés) sur Roumazeilles.net. Nous accueillons ainsi parfois quelques auteurs dont les travaux peuvent présenter un intérêt (ici historique) inhabituel ou simplement original.

Les notes ci-dessous ont été rédigées par Pierre Jonchères, en septembre 2010 pour exposé à CASA Notre Dame, Paris.

Yves Roumazeilles

L’histoire de l’architecture mondiale depuis 1850 a été marquée et continue de l’être par des changements profonds d’ordre technique et scientifique tenant surtout à une double révolution, celle des matériaux de structure d’abord, celle de l’informatique ensuite (première partie de l’exposé).

Ces changements ont rendu indispensable l’intervention active des ingénieurs dans tout ouvrage à structure complexe (ponts, tours, barrages, aéroports, stades, off-shore profond,…), les conduisant à prendre souvent l’ascendant sur les architectes (deuxième partie).

Réagissant à cette situation, surtout depuis les années 1970, certains architectes ont privilégié pour leur construction, parfois à l’excès, la forme sur la structure (troisième partie).

L’idée générale de l’exposé sera la même que celle de celui de mai 2008 sur l’histoire de l’architecture jusqu’à 1850, à savoir la recherche de la créativité en architecture.

1ère Partie : les éléments constructifs nouveaux

1. L’ingénierie des matériaux

Les métaux

Jusqu’en 1850, les métaux issus du minerai de fer, utilisés comme éléments de structure d’une construction, existent : ce sont, allant du moins opérationnel au plus opérationnel, en fonction de leur teneur en carbone, la fonte, le fer forgé, le fer puddlé. Leur coût est cependant encore élevé.

– 1779 : Pont en arc, en fonte, à Coalbrookdale/RU, de Pritchard, ingénieur,

– 1825-40 : Passages couverts parisiens, en fonte également.

A partir de 1850, le développement de la production industrielle entraîne la généralisation de l’emploi de ces métaux nouveaux, porteurs d’un atout considérable également nouveau : ce n’est plus la construction qui s’adapte aux matériaux, mais le matériau qui s’adapte à la construction. 

– 1851 : Crystal Palace, fonte, fer forgé, verre, de Paxton, jardin., Expo Londres,

– 1868 : Bibliothèque Nationale, fonte, fer forgé, de Labrouste, arch.,

– 1884 : Viaduc en arc de Garabit, fer forgé seul, de G. Eiffel (1832-1923), ing.,

– 1889 : Galerie des Machines, fer puddlé seul, de V. Condamin, ing., Expo Paris,

– 1889 : Tour Eiffel, fer puddlé, de Koechlin, Nouguier, Eiffel, ing.

Dans les deux dernières décennies du 19ème siècle, l’acier, possédant des caractéristiques mécaniques élevées, complète et remplace largement ces métaux, aux États-unis d’abord, très vite ensuite dans les pays avancés :

– 1891 : Manhattan Bg, 1er immeuble en acier seul (16 étages),

de William Le Baron Jenney, ing. et arch., Chicago,

– 1890 : pont du Firth of Forth, pont en poutres « cantilever » (porte-à-faux),

acier, Écosse, œuvre collective d’ing. dont B. Baker.

– 1900 : pont en arc Alexandre-III, acier, œuvre collective d’arch. & d’ing., Paris,

– 1900 : Le Grand Palais, acier et verre, œuvre collective d’arch., Paris.

L’acier est aujourd’hui un métal polyvalent fondamental, aux alliages et familles d’emplois innombrables, toujours en développement.

Le béton

Le béton, découvert par les romains, oublié pendant 15 siècles, péniblement redécouvert au 19ème s., a été abondamment utilisé depuis pour tout type de construction. Penser à l’immeuble d’Hennebique, rue Danton à Paris en 1898, au pont Salginatobel de Maillart en 1930 en Suisse, au palais des sports de NERVI à Rome en 1957, à Brasilia de Niemeyer en 1960. De l’histoire du béton, très française, mais confuse et saccadée, retenir :

– 1867 : le brevet de Monier, jardinier, pour le ciment armé,

– 1892 : le brevet d’Hennebique, maçon, pour le béton armé,

– 1923 : les voiles minces de Dischinger, ing. allemand,

– 1929 : le brevet de Freyssinet, ing., pour le béton précontraint,

– décennie 1980 : le BHP (béton haute performance de 2 à 3 cm d’épaisseur),

– autour de 2000 : BUHP (béton ultra HP), BAN (béton auto plaçant), BAP (béton auto nivelant), BCA (béton cellulaire autoclave), Ex : Burj Khalifa, Dubaï 2009.

Avec plus de 500 formulations, le béton est aussi devenu un des rares matériaux de tous les possibles. Tout comme l’acier dont il est devenu complémentaire, même aux États-unis, le béton relève aujourd’hui de la science des matériaux.

Autres matériaux

Le verre

Jusqu’au milieu du 20ème s., le verre assure sa fonction traditionnelle du passage de la lumière naturelle au niveau de baies creusées dans des murs. Vers 1950, avec les gratte-ciel à noyau intérieur porteur, Mies Van der Rohe (ci-après « Mies »), architecte allemand, systématise la façade de verre, appelée à tort « façade rideau » ou « mur rideau », car elle est transparente. Ex.  Lake Shore Drive 1951, haut de 82 m., Chicago, dont les grands fenestrages de verre (verres réfléchissants colorés) s’encastrent dans de minces meneaux verticaux en acier. Mies a construit de la sorte une quinzaine de tours de logements à Chicago et de nombreuses tours de bureaux, là et ailleurs.

Vers 1975, Peter Rice (1935-92), ing. du cabinet anglais d’ingénierie Arup, invente le verre extérieur collé puis le verre dit structurel lequel, constituant à lui seul la façade, n’a plus besoin de menuiserie de support, si mince soit-elle. Ex. : les serres de la Cité des Sciences à la Villette de Paris en 1986. Ont été aussi inventés les verres « actifs », photosensibles, électrochromes, à cristaux liquides, Au total, le verre assure aujourd’hui une triple isolation : solaire, thermique, acoustique, et peut de plus produire de l’énergie.

Les matières plastiques

Les matières plastiques de la chimie de synthèse  ne cessent d’être développées depuis leur apparition vers 1940.

Parmi les réalisations les plus intéressantes figurent les toitures textiles gonflables (fort appréciées au Japon) et surtout les structures dites « légères » (.2.b.) de membranes textiles tendues, enduites de téflon (PTFE). Ex. : le toit du stade olympique de Munich en 1972, d’Otto, ing. & arch. Ces mêmes membranes sont depuis 2000 env. enduites d’ETFE, textile translucide aux caractéristiques étonnantes : légèreté, résistance et isolation meilleures que celles du verre, équivalente à celle du béton précontraint, et de surcroît auto-nettoyé par la pluie. Ex. : la piscine olympique de Pékin, 2008.

Les matériaux intelligents

Les matériaux dits « intelligents » auxquels les nanotechnologies incorporent des propriétés de systèmes biologiques ou informatiques leur permettant de s’adapter à leur environnement sous l’effet d’une impulsion extérieure.

2. L’informatique et la CAO

A la révolution industrielle du 19ème siècle, s’est ajoutée celle de l’informatique depuis les années 1950. Technologie immatérielle qui a complètement transformé le travail des constructeurs, notamment dans le cadre de la conception assistée par ordinateur (CAO) où l’ordinateur assure 3 fonctions majeures de la construction :

  • calculs complexes, dessins en 2 ou 3 dimensions en plan et en élévation,
  • simulation, anticipant le fonctionnement interne des objets,
  • synthèse, structurant et assemblant les données dans un univers virtuel.

Puissance et rapidité entraînent une démultiplication du travail de conception ainsi qu’un assèchement extrême du travail de réalisation. Sans CAO, la tour Eiffel était en 1889 déjà merveilleusement calculée, au centimètre près. Avec la CAO, toute architecture, même très complexe et non standardisée, devient une architecture millimétrée. Ex : le pont haubané de Normandie de Michel Virlogeux, ing., 1995.

3. Le développement durable

Vaste programme formulé durant les années 1980 qui conduit à concevoir une construction pour produire, grâce au soleil, au vent, à la géothermie, toute l’énergie nécessaire à son fonctionnement et même parfois au-delà. Sans préjudice de l’utilisation de matériaux recyclables ou même précédemment recyclés.

– 1997 : Commerzbank, Francfort/Main, de Norman Foster (*1935),

– 2006 : Hearst Tower, New York, de Norman Foster,

– 2008 : World Trade Center, Bahrein, d’Atkins (*1937), arch. canadien,

– 2010 : Pearl River Tower, Guangzhou (Chine), de SOM, cabinet d’ingénierie US.

4. Parasismique et vents extrêmes

Le génie parasismique consiste essentiellement à découpler les superstructures des bâtiments ou ouvrages de leurs fondations (principe dit de l’isolement bas) : constructions sur vérins (Transamerica de W. Pereira 1972, San Francisco), amortisseurs et appuis élastiques (Golden Gate, travaux en cours), renforcement du sol alluvionnaire sous les fondations (pont de Rion-Antirion 2004, Grèce, groupe Vinci), plus rarement renforcement des superstructures en coulant du béton dans les piliers d’acier (Taipei 101 de Lee, 2004, Taiwan, gratte-ciel pesant 700.000 t.). Les techniques actuelles anticipent des secousses telluriques allant jusqu’à 8,5 sur l’échelle de Richter, ce qui a permis aux mégalopoles comme Tokyo et d’autres, situées dans des zones à grand risque sismique, de s’être dotées de gratte-ciel.

Contre les vents extrêmes (rafales, typhons, cyclones), le dispositif majeur est l’amortisseur par masse d’équilibrage (mass damper), inventé en 1926 : masse d’acier ou de béton suspendue au sommet de l’édifice, destinée à se balancer en opposition de phase avec les oscillations dues au vent ; on connaît des masses de 660 t. (Taipei 101) à 1300 t. (Philadelphie). Autre dispositif : la désorganisation du vent par aérodynamisme, ainsi pour le pont Akashi 1998 ou le Burj Khalifa 2009.

2ème partie : le primat de l’ingénierie des structures

Avec l’emploi systématique du métal puis du béton depuis la fin du 19ème siècle, les problèmes techniques de traction ont fait irruption en force dans la conception des structures et assuré la prééminence des ingénieurs. Les limites de conception et de mise en œuvre de ces structures sont sans cesse repoussées par l’informatique.

1. La structure des mégastructures (essentiellement les gratte-ciel)

L’ossature métallique : école de Chicago (1875-1893)

L’idée créatrice de l’ossature métallique (steel frame) revient à William Le Baron Jenney (1832-1907), ing. & arch. à Chicago. Elle s’associe (1) à l’invention de l’ascenseur par Otis en 1854 pour concevoir les structures des immeubles de 10 à 15 étages, soit de 30 à 40 mètres de haut, (2) à la section profilée en I des poutres métalliques. Les façades, encore porteuses au début de l’ossature métallique, reçoivent une élévation tripartite (base, fût, corniche), telle que définie pour plusieurs décennies par Louis Sullivan (1856-1924), arch., collaborateur de Jenney et théoricien de l’école de Chicago. Ex : Guarantee Bg à Chicago (1895).

Les quelques architectes qui ont promu ce Modernisme à Chicago furent vite bloqués par les architectes de New York imposant le style « Beaux-Arts » lors de l’Exposition Colombienne de 1893. La municipalité de Chicago limitant par ailleurs la hauteur des constructions à un maximum de 40 mètres, les gratte-ciel de New York non touchés par ces contraintes s’élèveront à 213 mètres en 1913 (Woolworth Bg de Cass Gilbert) et à 381 mètres en 1931 (Empire State Building de Lamb).

Le Bauhaus allemand et le Style International (1919-1970)

Le mot Bauhaus est aujourd’hui en France synonyme d’architecture et de design Modernes. À juste titre pour le design, à tort pour l’architecture, car celle-ci ne fut enseignée par l’école du Bauhaus (créée en 1919 par W. Gropius) de Weimar puis de Dessau (Allemagne) qu’en 1927 et surtout à partir de 1930 lorsque MIES en prend la Direction. Même pour le design, l’école du Bauhaus ne participe qu’en 1922-23 seulement à l’immense mouvement allemand d’explosion artistique d’avant-garde, d’anticonformisme et de recherche de nouveauté. Jusqu’à 1927-30, le Bauhaus se tient donc à l’écart de la nouvelle conception constructive portée dans ce contexte par les architectes allemands qui, réunis dans le Deutscher Werkbund (crée en 1907), la Gläserne Kette (1919), le Ring (1925), ont activement œuvré pour le « Neues Bauen » (construction moderne).

Deux architectes, autodidactes tous les deux, adeptes du « Neues Bauen » ont profondément marqué ce renouveau architectural allemand : (1) Peter Behrens (1868-1940), pionnier chez AEG du design et de l’architecture moderne industrielle, qui a ouvert dès 1907 un atelier à Berlin où ont travaillé, parmi d’autres, Gropius, Mies, Le Corbusier, (2) Mies (1883-1969), cofondateur du Ring puis Président du Werkbund qui, émigrant aux Etats-unis à la veille de la 2ème guerre mondiale, y fera peu après du « Neues Bauen » un style international.

Le Style International, ainsi appelé lors de l’exposition éponyme conçue par Philipp Johnson en 1932 à New York au MOMA, trouverait ses origines en 1922 dans le succès rencontré par un projet d’Eliel Saarinen, 2ème prix du concours du Chicago Tribune, projet conçu dans l’esprit du Neues Bauen naissant : géométrie, élancement, toit plat, peu d’ornement (le 1er prix était néo-gothique). À l’intérieur : ossature métallique, noyau porteur, espace libre fonctionnel.

A la même époque déjà, Mies allait plus loin que Saarinen. En 1919 et 1922, en effet, il soumettait à Berlin 2 projets (20 et 30 étages) dont (1) les façades audacieuses étaient en verre de la base au sommet, sans division tripartite, (2) l’intérieur était un espace libre universel, c’est-à-dire rationnel et non seulement fonctionnel, conception à laquelle Mies se tiendra toute son existence,

En 1938, Mies émigre à 52 ans aux États-unis, où il enseigne et construit à Chicago. Les années 1950 et 1960 marqueront l’apogée du Style International (ou style miesien) alors porté par lui à la perfection : parallélépipèdes quasi abstraits, prismes à façades en verre continu, pas d’ornement. Architecture structurelle minimaliste, « de peau et d’os » selon la propre expression de Mies.

Les structures tubulaires (ou à exosquelettes) (1965 sq.)

Les structures à ossatures (métal ou béton) et noyau central porteur décrites ci-dessus ont été utilisées de 1875/85 à 1960/70 pour des hauteurs de plus en plus grandes. Elles se sont alors heurtées à une limite technique : plus les tours s’élèvent, plus les forces latérales (vent) augmentent, et augmentent au-delà du proportionnel, D’où des volumes et coûts accrus de matériaux, en particulier pour le noyau central, et une diminution des surfaces utiles, donc de la rentabilité. La hauteur raisonnable d’une structure à ossatures tourne autour de 200/230 mètres pour une tour de bureaux et de 100/130 mètres pour une tour d’habitation.

Afin de vaincre cette obstacle, à part quelques solutions expérimentales ou exceptionnelles, une solution structurelle décisive a été mise au point par le plus grand cabinet américain d’ingénierie SOM (Skidmore, Owings & Merill) en 1965, dont le mérite revient en particulier à son ingénieur Fazlur Khan (1929-82). La solution, simple mais révolutionnaire, consiste à transférer la structure porteuse du noyau central à la périphérie de l’édifice. La structure prend alors la forme d’un caisson creux, structurellement vide, rigidifié par l’ossature périphérique désormais porteuse (framed tube), laquelle est constituée d’un réseau de piliers et de poutres treillis triangulaires, formant un contreventement continu.

Il existe plusieurs variantes de ces structures nouvelles :

  • piliers rapprochés : – Twins 1972, (détruites), Yamasaki arch., New York,

– Aon Center 1973, Durell Stone arch., Chicago,

  • piliers espacés (trussed and cross-bracing tube), l’espacement des piliers étant occupé par des poutres horizontales et diagonales (variante la plus employée des trois citées) :

– Hancock Center 1969, SOM, Chicago,

  • faisceau de caissons (bundled tube) :

– Bank of China Tower (4 caissons) 1989, PEI (*1917), Hong-Kong,

– Willis Tower (ex- Sears Tower) (9 caissons) 1974, SOM, Chicago.

Très fiable, ce système tubulaire, issu du cerveau humain et non de l’ordinateur, a permis, et de construire de très grandes hauteurs comme le Burj Khalifa 2009, SOM, Dubaï, de 739 mètres et de n’avoir été relayé depuis 1965 par aucun autre système nouveau. Le tube contreventé sur 4 façades peut en outre très bien se combiner dans le même édifice avec le noyau porteur traditionnel.

Une nouvelle frontière structurelle : le rapport d’élancement des tours

Deux innovations structurelles fondamentales et décisives ont donc permis de construire des tours : l’ossature métallique de Jenney (décennie 1880) puis l’exosquelette tubulaire de Fazlur Khan (1965).

Le rapport d’élancement d’une tour est une nouvelle frontière rencontrée par l’ingénierie de la décennie 1980 avec le projet de la Tour Sans Fins de Jean Nouvel (*1945) à La Défense, à Paris. Il s’agit du rapport entre la base (43 mètres) et la hauteur (425 mètres) d’une tour, soit ici un rapport de 1 à 10, sachant que le rapport de toutes les tours existantes tournait et tourne encore aujourd’hui autour de 1 à 5 ou 6. Projet lourd d’un défi technique novateur auquel Arup, cabinet anglais d’ingénierie, a travaillé quelques années, mais qui dut être abandonné vers 1995 pour cause de crise immobilière. Sans relève encore. Projet majeur permettant de réduire considérablement la charge foncière.

2. Les structures légères

Les matériaux contemporains ont permis aux ingénieurs d’innover dans leur recherche constante d’allègement des structures :

  1. Le dôme géodésique, ou dôme sphérique, autoporteur, couramment appelé géode, utilisé lors de la guerre froide dans le grand nord américain, fut breveté en 1954 par R. Buckminster Fuller (1895-1983), ing., qui eut pour cela l’idée de trianguler la sphère. Ex : le pavillon américain de l’expo de Montréal, 1967.
  1. Les voiles minces et les coques minces (inventés par Dischinger, ingénieur allemand, 1923), autoporteurs aussi, utilisés pour des toits (ancrés au sol) au cours de la seconde moitié du 20èmes. ont été d’abord en béton (le béton se coule à volonté) :

– 1963 : Terminal TWA, Eero Saarinen (1910-61) arch, JFK Airport,

– 1964 : Stades JO Tokyo, Kenzo Tange (1913-2005) ing. & arch.,

– 2002 : Oceanografic, Felix Candela (1910-97) ing & arch., Valencia.

Ensuite en réseaux d’acier pour des toits en forme de tente, le réseau d’acier portant des membranes en textiles synthétiques (acrylique ou polyester). Ex. : le toit du Stade Olympique de Munich 1972, d’Otto (*1925). Depuis 1970/80, les membranes sont en fibre de verre, enduite de PTFE (téflon) :

– 1972 : Terminal Haj de SOM, Djedda,

– 1995 : Airport de Fentress arch., Denver,

– 1992 : Georgia Dome de Heery arch., Atlanta,

– 1999 : Millenium de Rogers (*1933) arch., Londres

Depuis 2000 env. la fibre de verre est enduite d’ETFE, polymère dont les qualités surprenantes (.1.c.) permettent notamment de tenir lieu de mur. Ex. : le stade de l’Allianz Arena de Munich 2005, d’Herzog et de Meuron, arch., et la piscine olympique de Pékin 2008, du cabinet d’ingénierie Arup. Ce mur synthétique permet de réduire les réseaux de câbles d’acier.

3ème partie : le primat des formes (les structures au service des formes)

S’il est vrai que pour Sullivan et les architectes de l’École de Chicago, la fonction créait la forme, divers architectes ont tendance à privilégier délibérément, parfois à l’excès, la forme sur la structure, se reposant sur les ingénieurs pour résoudre leurs problèmes de structure. Fonction, forme, structure tendent par là à se désolidariser.

1. Les formes artistiques

Le style Beaux-Arts aux États-unis (1870-1920) :

style académique, tourné surtout vers le passé, dont les architectes américains, faute de réelle tradition chez eux, s’inspiraient en venant l’étudier en Europe. Une douzaine d’universités américaines entretenaient aussi un enseignement de ce style que l’Exposition Colombienne de Chicago de 1893 consacrera aux États-unis jusqu’à la seconde guerre mondiale environ, aux dépens du Modernisme :

– 1921 : Wrigley Building du cabinet Graham & Anderson, Chicago,

– 1923 : London Guarantee de Alfred S. Alschuler, Chicago,

– 1925 : Tribune Tower du cabinet Hood & Howells, Chicago,

– 1926 : Jewelers Bg de Thielbar & Fugard, Chicago,

L’Art Déco aux États-unis (1925-39)

Le concept américain d’architecture Art Déco, appliqué aux façades des gratte-ciel, est spécifique : formes géométriques, linéaires, épurées, élancées, élévation à décrochements (contraintes réglementaires)… :

– 1930 : Board of Trade de John A. Holabird & John W. Root, Chicago,

– 1930 : Chrysler Building de W. Van Alen (1883-1954), New York,

– 1932 : Rockefeller Center de R. Hood (1881-1931) et divers, New York.

L’Expressionnisme architectural en Europe (1912-25)

Mouvement né à Amsterdam qui, à la faveur de l’explosion artistique allemande de 1919 évoquée plus haut (.1.b.), rencontre alors en Allemagne un réel engouement.  Architecture d’artiste, subjective, personnelle, originale :

– 1921 : Tour Einstein de Erich Mendelsohn (1887-1953), Berlin/Potsdam,

– 1924 : Maison du Chili de J.F. Höger (1877-1949), Hambourg,

– 1963 : Philharmonie de H. Scharoun (1893-1972), Berlin.

Le Postmodernisme, phénomène mondial (1975-90)

Le postmodernisme est l’une des tendances architecturales en rupture avec le Modernisme miesien (ou Style International) ; son nom lui a été donné par un critique d’art américain, Charles Jencks en 1977. Le postmodernisme ne dit rien des questions de structures ; il ne traite que des façades, y pratiquant des citations architecturales d’époques passées, réintroduisant par là une certaine animation et un décor délaissés par les Modernes (miesiens), … :

– 1978 : ATT Bg de Johnson & Burgee, initiateurs du PostM, New York,

– 1980 : Esplanade de l’Europe de Bofill (*1939), Montpellier,

– 1983 : Bank of America Center de Johnson & Burgee, Houston,

– 1984 : 1 PPG Place, de Johnson & Burgee, Pittsburgh,

– 1987 : Heritage Plaza de Nasr, Houston,

– 1998 : Jim Mao Tower de SOM, Shanghai.

2. Les formes ludiques

L’architecture High-Tech (1975-90)

Autre tendance en rupture avec le Modernisme miesien ; elle s’attache à extérioriser les éléments techniques et structurels d’un édifice : circulations, fluides, espaces de service, escaliers, ascenseurs,… Aucune nouveauté structurelle non plus sauf, à l’instigation de Peter RICE (.1.c.) les créations déjà évoquées du verre extérieur collé et du verre suspendu :

– 1979-85 : HSBC Building de Foster (*1935) arch., Hong Kong.

– 1978-86 : Lloyd’s Building de Rogers (*1933) arch., Londres,

Architecture sculpture figurative (architecture récurrente)

L’architecture s’aventure au début du 20ème siècle sur le territoire de la sculpture avec l’expressionnisme néerlandais et surtout allemand (voir .1.c.) puis en 1955 avec la Chapelle de Le Corbusier à Ronchamp. Ronchamp est une des œuvres les plus notables de Le Corbusier, contrairement à sa production pour l’urbanisme ou l’habitat (villa Savoye, par ex.), où il reprenait sans véritable apport personnel, sauf la circulation par rampe, les idées du « Neues Bauen » allemand. Exemples d’architecture sculpture figurative :

– 1964 : Cathédrale Ste Marie de Tange (1913-2005) arch. & ing., Tokyo,

– 1973 : Opéra de Jorn Utzon (1918-2008) arch., Sydney,

– 1986 : Temple du Lotus de Fariborz Sabah (*1948) arch., Delhi,

– 2002 : Auditorium du Parc de la Musique de Piano (*1937) arch., Rome,

– 1994 : Gare TGV de Calatrava (*1951) ing. & arch., Satolas, France,

– 1998 : Gare de l’Est de Calatrava, Lisbonne,

– 2001 : Art Museum de Calatrava, Milwaukee/EU,

– 2003 : Auditorium de Calatrava, Tenerife,

– 1998-2009 : Cité des Arts et des Sciences, Calatrava, Valencia. 

Architecture sculpture abstraite : le Déconstructivisme (1988 sq.)

1988 : Ph. Johnson (1906-2005), critique d’architecture, pendant 14 ans directeur du MOMA de New York, architecte quelque peu opportuniste, monte une exposition au MOMA sous l’appellation « Déconstructivisme «. Tous les architectes qui y sont présentés ont un point commun : le refus de la géométrie euclidienne au profit de l’éclatement des formes. L’ordinateur tend à devenir, à l’excès, le grand maître d’œuvre des édifices dits « déconstructivistes » :

– 1997 : Musée Guggenheim de Gehry (*1929), Bilbao,

– 2000 : Médiathèque de Ito Toyo (*1941), Sendai/Japon,

– 2001 : Imperial War Museum de Libeskind (*1946), Manchester,

– 2002 : Norddeutsche LB de Behnisch (1922-2010), Hanovre.

– 2003 : Concert Hall Disney de Gehry, Los Angeles,

– 2004 : Bibliothèque de Koolhaas (*1944), Seattle/EU,

– 2004 : Concert hall de Foster, Gateshead/RU,

– 2005 : Musée scientifique Phaeno de Hadid (*1950), Wolfsburg/All.

– 2006 : Hôtel Riscal de Gehry, Elciego/Espagne,

– 2008 : Tour CCTV de Koolhaas, Pékin,

Blobarchitecture

« Blob », mot anglais signifiant goutte, tâche. L’architecte demande ici à l’ordinateur de faire comme s’il étendait une goutte : il obtient une forme molle, bombée. De fait :

– 2003 : Magasins Selfridges de Future Systems, Birmingham,

– 2003 : Musée d’Art Moderne de Coop Himme(l)blau, Graz/Autriche.

Architecture de la forme pour la forme. Au-delà de l’art et de l’esthétique.

Conclusion : quelques monuments contemporains marquants

(par ordre chronologique d’achèvement)

1885 : Home Insurance de W. le Baron Jenney, Chicago/EU – pionnier de l’ossature métallique.

1889 : Tour Eiffel de Gustave Eiffel et Paris – forme déterminée par le vent, – triomphe du calcul et de l’organisation du chantier.

1936 : Falling Water de F.L.Wright (1867-1959), Illinois/EU – espace intérieur libre – intégré à la nature (from within outward)

1954 : Crown Hall, Chicago } de Ludwig Mies van der Rohe :

1958 : Seagram Building, New York } – apogée du Style International,

1968 : Neue Nat. Galerie, Berlin } – structure minimaliste.

1965 : Willis Tower (ex-Sears Tower) de Fazlur Khan (SOM), Chicago – structures tubulaires périphériques

1986 : Fountain Place, de I.M. Pei, Dallas – géométrie épurée

1987 : Institut du Monde Arabe de Jean Nouvel, Paris – contextualisme

1989 : Musée Juif de Daniel Libeskind, Berlin – allégorie architecturale parfaite

1996 : DZ Bank de Frank Gehry, Berlin – conversion étonnante d’un déconstructiviste

1999 : Hemispheric de Santiago Calatrava, Valencia – architecture/sculpture (biomorphique)

1999 : Le Reichstag de Norman Foster, Berlin – écologie architecturale exemplaire

2000 : New York Times building, New York } de Renzo Piano

1998 : Centre Culturel de Tjibaou, Nlle Caled. } – transparence et contextualisme

2008 : Le Stade Olympique de Herzog et de Meuron, Pékin – entrecroisement de poutres d’acier inclinées

1998 : Pont d’Akashi, Japon } – exploits de génie civil pont suspendu } – pilotage au millimètre

2004 : Viaduc de Millau de N. Foster } – formes déterminées par les forces pont multihaubané } – interaction de la technique et de l’architecture

2011 – Subway station « Ground Zero » de Calatrava : Envol d’oiseau, porteur (projet) d’optimisme !

Essai – Architectes et ingénieurs

L’art de construire n’appartient ni à l’architecte ni à l’ingénieur. Jusqu’au 18ème siècle, les deux métiers d’architecte et d’ingénieur sont confondus, allant d’Imhotep (autour de 2750 avant JC), architecte égyptien de pyramides, physicien et mathématicien, à Balthasar Neumann (1687-1753), architecte allemand du baroque, mathématicien et ingénieur, en passant par les constructeurs romains. Il en est de même encore depuis le 19ème siècle lorsque la même personne possède exceptionnellement les deux formations, comme par exemple Le Baron Jenney, Nervi, Candela, Tange, Calatrava, Fazlur Kahn, ou lorsque la forte personnalité d’un architecte lui permet d’assurer une symbiose vertueuse des deux métiers, comme, par exemple, Mies, Pei, Foster, Piano. Il y a heureusement des architectes qui ont le sens des structures.

Le rôle d’une structure est d’organiser la matière pour acheminer de façon la plus simple, la plus efficace, la plus harmonieuse, le transfert des charges aux fondations. De ce fait, la structure d’une construction a toujours eu une influence décisive sur l’architecture. Or, c’est précisément dans le développement de la structure constructive que l’architecture a subi depuis le 19ème siècle diverses révolutions et que les idées en ce domaine sont sorties des esprits des constructeurs et ingénieurs d’études : ossature métallique, section profilée en I des poutres métalliques, charpentes en treillis triangulaires, béton armé, matériaux renforcés par des fibres, structures tendues, structures légères, béton précontraint, structures tubulaires, Ce qui explique et justifie l’ascendant progressif des ingénieurs sur les architectes. Les ingénieurs ont été les forces vives et innovatrices de l’architecture contemporaine.

En dernier ressort cependant, l’architecte est le plus souvent encore le chef de l’équipe de construction et à lui seul reviennent la responsabilité et la gloire des projets. Aurait-il pour autant à ce titre une prééminence sur l’ingénieur dans le domaine esthétique ? Pas vraiment ! Si les monuments sont plus souvent des réalisations d’ingénieurs que d’architectes, il faut en outre, pour prétendre à l’échelon suprême, maîtriser la manière de bien poser les problèmes pour trouver les bonnes solutions, celles qui visent à créer les formes à partir des charges. Or, la perfection structurale conduit inévitablement à la beauté ; la beauté doit avoir un caractère d’évidence. Et il y a heureusement des ingénieurs qui ont un sens de l’esthétique.

]]>
https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/06/30/florilege-de-l-histoire-de-l-architecture-contemporaine-mondiale-de-1850-a-2010/feed/ 0
Florilège de l’histoire de l’architecture européenne des origines à 1850 https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/06/29/florilege-de-l-histoire-de-l-architecture-europeenne-des-origines-a-1850/ https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/06/29/florilege-de-l-histoire-de-l-architecture-europeenne-des-origines-a-1850/#respond Mon, 29 Jun 2020 18:54:49 +0000 https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/?p=10988

Cet article fait partie d’une série d’études non-universitaires (provenant d’amateurs éclairés) sur Roumazeilles.net. Nous accueillons ainsi parfois quelques auteurs dont les travaux peuvent présenter un intérêt (ici historique) inhabituel ou simplement original.

Les notes ci-dessous ont été rédigées par Pierre Jonchères, en mai 2008 pour exposé à CASA Notre Dame, Paris.

Yves Roumazeilles

Comment sélectionner ou différencier une époque architecturale d’une autre sans tomber dans l’arbitraire ni présenter une thèse un peu hasardeuse, étant précisé que la présente réflexion qui porte sur une période de 3000 ans exclut de son examen la période contemporaine ? Existe-t-il un paramètre de sélection objectif, indiscutable ? Oui, si l’on retient une idée force comme celle de la créativité architecturale.

Une telle créativité peut s’exercer dans 3 domaines : (1) les matériaux, (2) le savoir-faire ou le métier, (3) la typologie, les programmes, les formes. Ces 3 domaines sont techniques, donc objectifs, permettant par là d’exclure de l’analyse tout élément de convenance, notamment esthétique. A l’aune d’une grande créativité dans l’un ou l’autre de ces domaines, trois grandes époques architecturales se détachent : l’époque romaine, l’époque gothique, l’époque baroque.

Architecture Romaine (2ème s. avant J.C. – 6ème s. après J.C.) : architecture créatrice en matière de voûtement et de traitement de l’espace, le tout grâce à un matériau nouveau, le béton, et à l’utilisation systématique de l’arc, donc de la voûte.
Architecture publique essentiellement.

Matériaux

Découverte au 2ème s. avant J.C. du béton romain (opus caementicium) ; mélange d’agrégats et d’un mortier fait de chaux (le liant) et de sable de roche volcanique, la pouzzolane. Les propriétés du béton romain sont révolutionnaires : il est produit plus rapidement que la pierre, est incomparablement moins cher, plus léger, plus souple, rendant faciles les tracés courbes ; il est surtout l’élément porteur des édifices, monolithique, inébranlable, capable de supporter de très grandes charges et poussées, d’où des espaces plus vastes, des voûtes plus hautes et de portées plus grandes qu’auparavant. Employé en blocage dans les constructions, il reçoit un parement (pierre, brique, marbre) sur ses 2 faces latérales.

Typologie

Amplement diversifiée par rapport à celle de l’architecture grecque :

  • Thermes : type nouveau, capital pour la vie publique urbaine quotidienne à Rome, au même titre que le forum ; il y a 170 thermes à Rome sous Auguste. Les empereurs Trajan, Caracalla, Dioclétien, font construire chacun des thermes gigantesques sur 10, 12 et 13 hectares au début du 2è, 3è et 4è s. après J.C. respectivement, avec des voûtes d’arêtes en béton de 25 m. de portée, juxtaposées sans doubleaux, et des coupoles d’une hauteur de voûtes atteignant jusqu’à 35 m.
  • Basiliques : type nouveau également, bâtiment public multifonctionnel construit dans les fora depuis le 2ème s. avant J.C. Meilleur exemple : la basilique de Constantin à Rome (306-312) dont l’espace unifié prend modèle sur celui des grandes salles des thermes : 3 voûtes d’arêtes juxtaposées d’une hauteur de 35 m. dans le vaisseau central, de part et d’autre duquel 3 espaces latéraux couverts en berceau s’élèvent à 25 m. chacun.
  • Théâtres et Amphithéâtres : il y a à Rome 77 jours de jeux publics par an à la fin du 1er s. avant J.C. et 175 au 2ème s. après J.C. Le théâtre en hémicycle existait en Grèce mais, contrairement à son modèle grec, il est doté d’un front de scène, n’est pas adossé au relief naturel et reçoit une finalité civile. Le théâtre d’Orange est un bon exemple. L’amphithéâtre, théâtre circulaire clos (on en connaît 70 en Italie), est par contre une invention romaine, vraisemblablement à Pompeï en 80 avant J.C. Meilleur exemple : le Colisée (72-80 ap. J.C.), de forme ovale, haut de 48 m., pouvant contenir 50.000 personnes, sans adossement au relief naturel non plus.
  • Arcs de triomphe : on en connaît une cinquantaine dont le 1er est érigé pour Octave en 29 avant J.C. L’arc de Titus à Rome (81 après J.C.) est un bon exemple.
  • Ouvrages d’ingénieurs : aqueducs aux tuyaux de béton en blocage sur de longues distances ; ponts éventuels comme le pont du Gard (15 avant J.C.).
  • Villas, création romaine. Meilleurs exemples : la Maison Dorée de Néron (milieu du 1er s. ap.J.C.), détruite par Trajan, et la Villa d’Hadrien à Tivoli (118-138 après J.C.) ; dans cette dernière, la courbe et la contrecourbe sont dominantes.
  • Temples : le modèle du temple grec s’impose assez longtemps aux romains, d’abord par les Étrusques interposés, puis par osmose avec la colonisation romaine de la Grèce. Un rare exemple : la Maison Carrée de Nîmes, mais surélevée d’un podium, comme toujours chez les romains. Avec l’Empire, si l’architecture religieuse ne fait plus guère recette pour un moment, l’une de ses créations dans ce domaine, le PANTHEON de Rome, marquera durablement l’histoire de l’architecture :

Le Panthéon romain (114-118 ap.J.C.) est l’antithèse du temple grec en tous ses éléments : plan centré (rotonde murale pure), élévation identique pour chacun des 2 niveaux, dimensions gigantesques (diamètre et hauteur égales de 43,30m.), mise en valeur de l’espace intérieur entièrement opérationnel, voûtement en coupole articulée par des arcs de décharge, archétype jamais égalé dans l’histoire des coupoles, béton en blocage bien sûr.

Esprit de l’architecture romaine

  • Recherche de l’exploit technique, rendu possible par la découverte du béton à pouzzolane. Principal exploit : la mise au point de l’architecture de voûtement (avec emploi systématique de l’arc en général). Progrès considérable par rapport à la statique millénaire de l’architecture d’architrave (y compris celle des grecs), avec pour conséquence que la colonne qui avait jusque là une fonction déterminante de support des édifices n’a plus dans l’architecture romaine qu’une fonction de décor.
  • Architecture de l’espace, du volume intérieur, ignoré des époques antérieures, même des grecs. Or, l’espace n’est-il pas le principal moyen d’expression de l’architecture ?
  • Architecture de l’espace utile, fonctionnel, volontiers monumental, par opposition à l’architecture grecque des espaces inutiles, comme ceux du Parthénon, demeure divine, inaccessible au public (antithèse du Panthéon romain, voir ci-dessus).
  • Savoir-faire : rationalisation et organisation du travail. Ce qui signifie standardisation des qualités et des dimensions, préfabrication, fabrication en série, approvisionnement méthodique, gestion des stocks, temps de réalisation très court.

Architecture gothique (13ème siècle essentiellement) : Paradoxe d’une statique révolutionnaire à partir de matériaux traditionnels.
Architecture religieuse d’élévation et de lumière. savoir-faire exceptionnellement performant.

Maîtrise de deux défis de taille qui, cumulés, deviennent révolutionnaires pour l’architecture de pierre (ou de brique pour les églises hanséatiques) :

  • l’élan vertical, jusqu’à 48 m. de hauteur de voûte,
  • l’évidement du mur entre les supports.

L’explication du paradoxe se trouve à la fois (1) dans la rationalisation poussée de la conception des projets (à base de géométrie simplement pratique) et de leur mise en œuvre, (2) ainsi que dans l’organisation maîtrisée des chantiers : préfabrication et fabrication de série, utilisation du métal, division du travail,

L’esprit de l’architecture gothique s’exprime essentiellement dans 2 directions :

  • la compensation dynamique, interactive, des forces de construction entre la statique intérieure de l’édifice (piliers à nervures, croisées d’ogives, arcs de décharge) et la statique extérieure (contreforts extérieurs, arcs boutants),
  • l’espace parfaitement unifié et homogène, scandé par la travée modulaire complète, montant de fond en comble, du sol à la clé de voûte.

Édifices de référence : La Merveille du mont Saint Michel, (1204-1228), la cathédrale d’Amiens (1220 sq.), la cathédrale de Troyes (1231 sq.)

Architecture Baroque (1630-1760) : architecture créatrice de schémas spatiaux savants et visionnaires, grâce au triangle, à l’ovale, à l’ellipse.
Architecture surtout religieuse.

L’architecture baroque naît en Italie, à Rome à l’initiative de la Papauté, vers 1630, puis se déplace vers 1665 à Turin chez les ducs de Savoie Piémont, d’où elle gagne l’Autriche dans la dernière décennie du 17ème s. Elle s’étend au début du 18ème s. en Bohême et en Moravie, mais y dérive dans l’impasse des « interpénétrations syncopées » (Norberg-Schulz). Elle se développe enfin en Allemagne, particulièrement en Franconie (Bavière du nord), où elle atteint son apogée pendant 30 ans avec l’ingénieur architecte Balthasar Neumann.

Les nombreuses églises construites en France aux 17ème et 18ème s. sur le modèle du Gesu romain (1568-75), sont très souvent qualifiées de baroques. A tort. De typologie traditionnelle, d’une tradition immémoriale pour l’essentiel (nef unique à contreforts intérieurs, voûtement en berceau, éventuellement coupole de croisée, façade plate), telle St Paul-St Louis à Paris, ce sont des églises historiquement prébaroques certes, mais en aucun cas baroques, puisque non créatrices. Il n’y a pratiquement pas d’architecture baroque en France, si l’on exclut Ste Anne-la-Royale à Paris (1662 sq.), détruite sous la Restauration, Asfeld dans les Ardennes (1680 sq.) et la Chapelle de la Miséricorde à Nice (1740 sq.), trois édifices conçus (ce qui n’est pas un hasard) par des architectes italiens.

L’esprit de l’architecture baroque s’analyse ainsi :

  • affranchissement des canons typologiques de la Renaissance et liberté de création,
  • haute technicité mathématique,
  • formes géométriques dynamiques, inhabituelles en architecture : triangle, ovale, ellipse. Un excellent exemple :

La Frauenkirche (1736 sq.) de Georg Bähr, à Dresde : coupole en forme de cloche dont la hauteur propre (35 m.) est audacieusement supérieure à celle du corps de bâtiment (27 m.) qui la supporte et dont surtout il fallait maîtriser sur 360 degrés  le flux centrifuge des charges pesant sur la base évasée et circulaire de la cloche. Unicum mondial, jamais réédité !

  • audaces visionnaires rendant la combinaison des formes visuellement complexe. Exemples haut de gamme :

Saint Yves (1642 sq.), de Borromini, à Rome : triangles équilatéraux inversés, superposés, formant une étoile hexagonale à 6 branches, en plan et sur toute l’élévation, coupole incluse.

Saint Suaire (1668 sq.), de Guarini, à Turin : coupole de 6 hexagones superposés en élévation, reposant sur 3 arcs en triangle (et non 4 en carré comme il est d’usage) posés eux-mêmes sur le corps de la chapelle de forme circulaire.

Abbatiale de Neresheim (1749 sq.), de Balthasar Neumann, en Bavière du nord : église formée de 7 rotondes ovales, d’orientations variées, de tailles différentes, où l’ovale de la croisée centrale présente une enveloppe double (Zweischaligkeit) dont l’enveloppe intérieure, constituée seulement de 4 colonnes jumelées isolées, supporte la coupole d’une hauteur de 32 m.

Au travers de ces quelques exemples, l’on aura compris que l’architecture baroque dans sa plus haute expression, ne se livre pas à 1ère lecture au non initié. Architecture savante : il faut réellement apprendre à la lire. Une fois identifiée la ou les clés de lecture de chaque édifice, cette architecture devient par contre, au-delà de son apparente complexité (dans laquelle nombre d’historiens de l’art se sont littéralement fourvoyés et perdus), d’une lisibilité parfaite. La perfection d’un édifice baroque est parfois telle que Balthasar Neumann semble avoir conçu et réalisé à l’abbatiale de Neresheim la fusion des plans longitudinaux et centrés, rien moins que le plan universel d’une église, vainement recherché et attendu depuis Brunelleschi (début du 15ème siècle).

]]>
https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/06/29/florilege-de-l-histoire-de-l-architecture-europeenne-des-origines-a-1850/feed/ 0
Grues du Japon https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/06/21/grues-du-japon/ https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/06/21/grues-du-japon/#respond Sun, 21 Jun 2020 20:05:00 +0000 https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/?p=10942 La grue fait partie de ces emblèmes traditionnels que l’on retrouve partout au Japon. Souvent dénommée tanchōzuru, elle est considérée comme un exemple de longévité (on lui attribue une vie de mille ans). On la trouve sur les billets et les pièces de monnaie, sur les logos d’entreprises comme Japan Airlines, mais aussi sur d’innombrables ukiyo-e, gravures sur bois que l’on désigne souvent sous le terme générique (et très approximatif) d’estampes japonaises.

Inévitablement, les rassemblements de grues attirent de petites foules de photographes ou de simples admirateurs, comme à Ottawa Bridge où il faudra arriver bien avant le lever du soleil pour avoir une place d’où voir décoller les grues qui ont passé la nuit sur la rivière.

Grue du Japon, grue de Mandchourie ou encore grue à couronne rouge ; Red-crowned crane, also called Manchurian crane or Japanese crane (Grus japonensis).
Hokkaido, nord du Japon, janvier/février 2019.

]]>
https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/06/21/grues-du-japon/feed/ 0
Démocratie Athénienne – Historique https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/06/21/democratie-athenienne-volet-historique/ https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/06/21/democratie-athenienne-volet-historique/#respond Sun, 21 Jun 2020 18:36:05 +0000 https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/?p=10971

Cet article fait partie d’un effort pour aider au partage de certaines études non-universitaires (provenant d’amateurs éclairés) sur Roumazeilles.net. Nous accueillons ainsi parfois quelques auteurs dont les travaux peuvent présenter un intérêt (ici historique) inhabituel ou simplement original.

Le présent article a été rédigé par Pierre Jonchères, en 2020.

Yves Roumazeilles

Survol : Histoire du monde grec des 5ème et 4ème siècles

L’histoire de la Grèce antique est unique. Unique en ce sens qu’aux 5ème et 4ème siècles certains Grecs et en particulier les Athéniens ont été plus loin et plus fort en fécondité intellectuelle que leurs prédécesseurs égyptiens, babyloniens, … Unique aussi en ce que nous le leur devons encore.

Pays sans unité physique, composé à 82% d’un relief montagneux morcelé et déboisé, à 18% d’un sol aride aux terres ingrates, mais partout accessible par la mer. Plusieurs invasions successives ont doté ce pays d’une population hétérogène établie en habitat dispersé. D’où un pays politiquement émietté de cités autonomes (polis) au nombre d’environ 700 à l’intérieur et de 300 sur l’extérieur égéen ou ailleurs. Toutes les cités sont de petites superficies, sauf 2 : Sparte et Athènes.

 À l’intérieur du monde grec, Sparte et Athènes ont constitué 2 pôles majeurs, mais rivaux (voir annexe) : sœurs ennemies, dont l’antagonisme tenace et quasiment continu, perdra finalement l’une et l’autre. Sparte, d’une supériorité militaire terrestre incontestée, sera cependant militairement mise hors-jeu 2 fois (371 et 362) par un génie militaire plus fort qu’elle, Épaminondas, chef des troupes de la petite cité de Thèbes ; Athènes, quant à elle, après avoir œuvré comme puissance maritime contre les Perses, se verra politiquement neutralisée par la Macédoine (322).

« La guerre était vraiment la loi d’airain du monde grec » (Fr. Chamoux) ; sur 150 ans en effet (des guerres perses à Chéronée) la Grèce a vécu 100 ans de guerres, et de guerres sans pitié (pillages, destructions, incendies, massacres, esclavage). Les causes en ont été, (1) géographiques(émiettement évoqué ci-dessus), (2) politiques : âpres luttes internes de factions (aristocrates, oligarques, démocrates), (3) défense par les petites cités de leur autonomie et libertés contre leurs voisines ou contre les barbares, (4) économiques : recherche de terres fertiles, (colonisation, clérouquies impériales), accès et maintenance des routes maritimes de céréales (Détroits, Egypte).

Le monde grec des cités n’a jamais pu s’unifier politiquement, sauf tardivement et pour quelque temps seulement sous Philippe II de Macédoine au milieu du 4ème siècle. L’immense Macédoine était une monarchie (non une cité) alors dirigée et unifiée par Philippe II, homme d’Etat d’exception, qui conquit le continent grec (sauf Sparte) pas à pas, entre 358 et 338.

Si l’unité grecque ne pouvait pas être politique et fut fondamentalement culturelle : (1) unité religieuse, au sens collectif : sacrifices, grandes fêtes, processions, polis protégée des dieux, et à un moindre degré au sens individuel : mystères (cultes du salut pour initiés), philosophie (découverte de l’âme au 4ème siècle), (2) unité linguistique, bien qu’il y ait eu plus de 200 dialectes, selon Aristote ; celui qui ne parlait pas grec était barbare.

Par-delà l’unité poliade, la Grèce et particulièrement Athènes léguera au monde occidental le rayonnement sans pareil de sa civilisation aux facettes multiples : politique, philosophique, scientifique, militaire, littéraire, artistique, …

 À l’extérieur, la Grèce n’eut vraiment qu’un seul ennemi de taille : l’empire perse du 4ème siècle, celui qui, au bénéfice d’une politique de conquête systématique menée depuis 559 par Cyrus II le Grand puis par Darius 1er, dominait d’immenses territoires tant en Asie Centrale (pour se protéger contre les envahisseurs des steppes du NE) que vers la Mer Noire (contre les Scythes), enfin à Chypre et en Egypte ; empire devenu en 60 ans le plus grand du monde méditerranéen occidental. À son programme de conquête en 500, l’Anatolie, le monde égéen, la Grèce. Mais il y eut un coup d’arrêt sévère infligé par les seuls Athéniens à Marathon en 490, première défaite pour les Perses depuis 60 ans ! Une seconde tentative perse de plus vaste ampleur se heurtera à l’alliance d’Athènes et de Sparte (pour une fois) mais sera finalement bloquée par Athènes (seule) à 2 reprises en mer, au détroit de Salamine (480) et à Mycale (479).

Sparte était et est restée une puissance traditionnellement terrestre (encore avait-elle limité son hégémonie aux ¾ seulement de l’archipel du Péloponnèse). Athènes par contre, sous l’effet de la 1ère guerre perse (490) puis grâce à Thémistocle (loi maritime de 483), est devenue une puissance maritime (flotte de l’ordre de 300 trières de combat). Les victoires maritimes de la 2nde guerre (480 – 479) où la Perse dû abandonner la mer Égée et toute la côte anatolienne (des Détroits au nord à île de Rhodes au sud), ont ensuite permis à Athènes désormais hégémonique de protéger la Grèce et l’ensemble du monde égéen d’un éventuel nouveau danger perse. Hégémonie maritime exercée par la Ligue de Délos (250/300 membres ?) constituée par Athènes en 478. Dans les 30 ans qui suivirent, la flotte de la Ligue de Délos vaincra les Perses sévèrement 2 fois encore, les 2 fois sur mer et sur terre : Eurymédon en 468, Chypre en 449. Les Perses, provisoirement calmés dans leur projet d’expansion, mais espérant prendre leur revanche ultérieurement plus facilement en divisant les Grecs, accorderont indirectement à partir de 395 de notables subsides financiers aux différents protagonistes Grecs à tour de rôle, selon la tournure des événements. Le sort en décidera autrement pour eux, dès lors qu’Alexandre de Macédoine, fils de Philippe II, vaincra et hellénisera la totalité de l’immense empire perse en 8 ans (334-26) et pour quelques siècles.

Détail : histoire d’Athènes dans le monde grec antique

Athènes en Attique grecque. Athènes, qui était la seule grande cité de l’Attique, semble s’être constituée au 13ème siècle avant JC (toutes les dates du présent travail sont d’avant l’ère chrétienne, sauf indication contraire) par la fusion de quelques villages indépendants en un royaume où Athènes devint la cité royale. L’Attique avait une superficie de 2600 km², correspondant à celle du Luxembourg actuel et n’était alors dépassée que par celle de Sparte (Laconie + Messénie) de 8600 km² dans le Péloponnèse sud.

Le monde grec ancien

La population du monde grec est issue d’un rameau détaché à la fin du 3ème millénaire d’indo-européens (qui ont introduit le cheval), venus jusque vers 1600 env. par les Balkans.

2600-1100 : la Crète (minoenne) exerce 10 siècles d’hégémonie plutôt pacifique en mer Égée (capitale Cnossos), suivie du 15ème au 12ème s. par les Achéens et les Ioniens qui envahissent la Crète, mais sans vraiment modifier la civilisation crétoise. A la fin de cette période, apparaît la civilisation mycénienne (1600-1150), Mycènes étant située entre Corinthe et Argos (Péloponnèse nord-est). Agamemnon était roi de Mycènes (époque de la guerre de Troie). 

1200-1100 : constitution d’Athènes en Attique par l’union de quelques villages.

1200-1000 : les Doriens, venus par le Danube, envahissent inamicalement la Grèce, détruisent Mycènes, repoussent les Achéens dans l’Égée insulaire et sur les côtes ioniennes de l’Asie mineure. Mais ils n’envahissent ni l’Attique ni Athènes.

900-800 : constitution de Sparte (Laconie) par l’union de 4 villages doriens ; 8ème siècle : Lycurgue, législateur supposé de Sparte.

vers 800 :, apparition et généralisation en Grèce de la « polis », cité-Etat.

750-550 : « colonisation » de plusieurs cités-Etats grecs (sauf par Athènes) dans 2 directions géographiques essentiellement : (1) d’abord la Sicile/Italie du sud, à partir notamment d’Eubée, de Corinthe, de l’Achaïe, de Milet, (2) ensuite les mers Égée et Noire, à partir encore de Milet, et surtout de Mégare,… Principales causes : recherche de terres fertiles, crises sociales internes. Des établissements commerciaux ou comptoirs (emporion) sont aussi fondés par les grecs mais sans le statut de colonies et ultérieurement, des clérouquies (lots de terres assignés à des soldats-citoyens hors d’Athènes).

750-500 : l’Ionie, sur la côte anatolienne, brille par ses richesses économiques, intellectuelles, artistiques, et sa monnaie ; activement convoitée par ses voisins (Lydie 560, Perse 546, Grèce 5ème s.).

740-480 : Sparte (« Lacédémone » pour les Achéens) exerce près de 3 siècles d’hégémonie impérialiste dans le Péloponnèse (sauf sur Argos et l’Achaïe), mais pas au-delà. Royaume de 2 rois, régime oligarchique, citoyens-soldats professionnels dès le jeune âge, pas de libertés personnelles. Immobilisme politique qui lui sera fatal.

Athènes  au 7ème siècle

683 : les aristocrates athéniens évincent progressivement leur royauté de tout pouvoir autre que religieux. Un collège de 3 archontes, les plus hauts magistrats d’Athènes, secondés ensuite à une date inconnue (Solon 594-93, pour Mme Massé) par 6 autres archontes, appelés « thesmothètes », exerce le pouvoir exécutif, peut-être assisté par le Conseil de l’Aréopage aux pouvoirs généraux. Rien ne permet de penser à l’existence à ce moment-là d’une « ecclésia » (assemblée politique du peuple), mais il existe (comme dans d’autres cités) une assemblée à caractère militaire (assemblée d’hoplites).

630-530 : crise agraire (refus politique d’Athènes, contrairement à Sparte, d’un partage égal de la propriété très concentrée des terres, endettement des petits propriétaires conduisant à l’esclavage), et crise sociale (artisans et commerçants privés de droits politiques, vengeances privées parfois sanglantes) contre l’oligarchie des familles aristocratiques les plus riches qui (à Athènes comme ailleurs) contrôlent entièrement la cité-Etat, y compris la justice. Deux solutions se rencontrent en Grèce pour essayer de sortir de ces crises : (1) un « législateur » invité à donner à la cité une constitution appropriée à sa situation ; ainsi Licurgue à Sparte au 8ème siècle, (2) un « tyran », le plus souvent aristocrate, détenant illégitimement seul le pouvoir absolu, militaire inclus, mais s’appuyant sur le « demos » (le petit peuple) et éventuellement la bourgeoisie commerçante ou artistique, contre les privilèges de l’aristocratie. Solution qui s’est parfois révélée positive (réformes sociales, grands travaux, artisanat, culture…) ; ainsi 80 ans de tyrannie à Corinthe (657-580) ont porté la cité maritime à son apogée.

621-510 : pour sa part, Athènes a eu recours au total à 2 législateurs et à 1 tyran. En 621, Dracon, le premier législateur, dont l’existence ou l’intervention est contestée par quelques historiens, aurait fait adopter des lois sévères (trop sévères, sans doute) en matière pénale et criminelle (mais aucune en matière politique). Lois de droit privé ayant formellement beaucoup innové, en ce qu’elles furent les premières lois écrites d’Athènes qui, comme telles, enlevaient aux aristocrates dirigeants le monopole de la connaissance des lois jusque-là orales et surtout leur application arbitraire sans contrôle. Mais sans résultats de fond, semble-t-il.

Athènes au 6ème siècle

contre la suprématie aristocratique

594-93 : la société athénienne est en grave crise unitaire, proche de la guerre civile : propriétaires fonciers riches contre propriétaires pauvres, factions rivales ville/côte/ montagne. Tous cependant investissent Solon, archonte, comme second législateur avec pleins pouvoirs. Que lui doit Athènes ? Un nouveau code de lois (de droit privé), dans la ligne de celui de Dracon, mais avec en plus des jalons vers l’égalité juridique des citoyens devant la loi (ex. : droit d’appel à un tribunal populaire). En matière de droit public, institutionnel, 2 mesures de circonstance lui sont communément attribuées : (1) la suppression de la dépendance des paysans par l’arrachage des bornes délimitant les terres qu’ils exploitent, (2) la création d’une classe censitaire pour les citoyens les plus riches. À cela s’ajouterait la création de 6 archontes thesmothètes. Mais quant au fond, ni partage égalitaire des terres, ni aide aux paysans, ni interdiction de l’endettement, ni surtout accès égal aux charges publiques. Au total, très sensiblement moins de mesures que la liste abusive de mesures dressée par Aristote 250 ans plus tard (Constitution d’Athènes), lorsque l’on tenait illusoirement Solon pour le père de la démocratie. Le rôle novateur de Solon a été très longtemps surestimé à la suite d’Aristote.

590-60 : la solution « législateur » (Dracon et Solon) semblant ne pas avoir été probante, les troubles reprirent, selon l’historien Hérodote (milieu du 5ème siècle), dès 590 entre les 3 factions athéniennes ville/côte/montagne, évoluant d’un conflit aristocratique interne à une guerre civile (stasis). Jusqu’à ce que Pisistrate, aristocrate de la faction montagne, s’impose avec l’appui du peuple pauvre par un coup de force militaire lui conférant la qualité de tyran.

561-27 : tyrannie de Pisistrate (560-27), père. Longue période de paix et de prospérité économique pour Athènes :

  • maintien des institutions politiques existantes,
  • solution de la crise agraire : prêts aux paysans, création de colonies dans le monde égéen offrant des terres arables aux paysans athéniens dépendants (clérouquies),
  • assainissement des finances publiques,
  • lancement de nombreux grands travaux,
  • développement culturel : artisanat artistique, introduction du culte populaire de Dionysos, organisation des Panathénées (privant les aristocrates du monopole de la vie religieuse et s’adressant à la totalité de la population, citoyenne et non-citoyenne), pratique des concours d’où naîtra la tragédie grecque, écriture de l’Iliade et de l’Odyssée,
  • réduction du pouvoir des aristocrates, tant de ceux restés à Athènes pendant la « tyrannie » (avec Isocrate comme chef), que de ceux qui se sont exilés (chef : Clisthène).

527-10 : Hippias, fils et successeur de Pisistrate, mais faible et incompétent, est renversé par les aristocrates exilés (Clisthène), avec l’aide de Sparte.

Au cours du 6ème siècle (sans plus de précision possible) : l’assemblée d’hoplites évoquée plus haut perd son caractère militaire pour se transformer en assemblée du peuple (ecclésia) ; les assemblées militaires de Sparte et de Macédoine garderont leur caractère militaire initial.

510-07 : situation politique confuse où plusieurs grandes familles aristocratiques, notamment celle d’Isagoras contre celle de Clisthène, luttent d’influence pour prendre le pouvoir. 508 : Isagoras, élu archonte, cherche l’appui de Sparte pour instaurer à Athènes une oligarchie partisane prévoyant l’exil de 700 familles dont celle de Clisthène. Clisthène (dont on ignore s’il occupait alors une magistrature) fait condamner Isagoras à mort par contumace et boute Sparte hors de l’Attique. Si bien qu’après la suppression de la tyrannie par les aristocrates en 510, l’oligarchie aristocratique se fait éliminer par le peuple en 508.

508-07 : Clisthène, grand aristocrate (Alcméonide), ancien archonte (525), s’appuie sur le petit peuple pour réaliser une réforme vive, soudaine, décisive des institutions politiques, destinée à faire participer le peuple (artisans, commerçants, petits propriétaires, tenanciers) aux institutions politiques en diminuant corrélativement le rôle des aristocrates ; grand tournant politique qui fonde la démocratie athénienne sur la liberté politique égale pour tous les citoyens :

  • attribution de l’égalité des droits politiques (isonomie) à tous les citoyens pour l’accès aux institutions de la cité (sous réserve des qualifications propres à chacune d’elles) ; de là le droit à la parole et l’élargissement de l’accès aux fonctions officielles. Première révolution politique qui contribuera à intégrer le peuple dans la vie politique.
  • redécoupage territorial drastique de la cité-Etat : création de 3 régions géographiques et de peuplement citoyen différent, servant de socles à la formation de 10 tribus en Attique (cf. annexe 1, n°③). Organisation administrative territoriale innovante, élaborée, voire complexe, à considérer comme un préalable sociologique à l’implantation de la démocratie dès lors qu’elle a réussi à mélanger les citoyens indépendamment de leur naissance et de leur fortune, en d’autres termes à remplacer le principe gentilice traditionnel (source de multiples affrontements et conflits) par un principe territorial. Faut-il ajouter que ce redécoupage a duré 700 ans ?
  • création d’un Conseil des Cinq-Cents (Boulè), sorte d’administration centrale unificatrice (qui durera 700 ans aussi) où chaque dème (commune de base) est représentée.
  • répercussion de la division par tribu sur l’archontat (un 10ème poste d’archonte est créé) et sur la participation numérique des citoyens à l’armée ; de même un 10ème stratège.
  • institution de l’ostracisme : condamnation par l’ecclésia à l’exil pour 10 ans de toute personne jugée dangereuse pour la cité-Etat (mesure de protection directe contre un retour de la tyrannie).

506-495 env. : on ne saura plus rien de Clisthène ; mais l’histoire athénienne des 15 à 20 ans qui suivent sa réforme est mal connue.

Athènes au 5ème siècle

Athènes contre les perses, démocratie radicale

500-494 : début de la 1ère guerre perse par la révolte des cités grecques ioniennes (commerçantes, riches) contre les Perses dominateurs. Jusqu’en 500, les grecs ne connaissaient comme danger extérieur que celui, traditionnel, de Sparte. Or l’expansion perse (« barbare » pour un Grec), désormais ressentie par les Athéniens comme un danger pour leur liberté, se déroulait en Asie mineure depuis les conquêtes récentes par Cyrus le Grand (559-29) de Babylone, de la Médie, de l’Anatolie, puis par Darius 1er (522-486) de la Thrace et de la Macédoine ainsi que des cités grecques ioniennes (tyran de Milet) et de certaines îles de la mer Égée, comme Naxos, (destruction de la ville, déportation de la population), où la révolte serait née. Révolte ionienne si profonde que les Perses mettront 6 ans pour la maîtriser, en dépit des secours maritimes et terrestres des athéniens qui (comme d’autres Grecs) prendront à cette occasion conscience que le danger perse était peut-être plus grave que le danger spartiate. Trois hommes politiques athéniens vont alors s’appuyer sur les réformes récentes de Clisthène pour mobiliser le peuple contre les Perses et construire l’hégémonie athénienne du 5ème siècle : Thémistocle, Ephialte, Périclès.

493-78 : Thémistocle, archonte en 493, stratège en 490, conçoit la nécessité prioritaire pour Athènes de devenir une puissance maritime, non seulement pour combattre le danger perse menaçant, mais aussi pour avoir un avantage militaire sur Sparte (et ses alliés), enfin pour lutter contre la piraterie récurrente dans le monde égéen. Politique visionnaire à 2 volets : (1) construire immédiatement (483) des trières de combat, coûteuses certes, mais dont l’effort financier, accepté par l’ecclésia, sera allégé en 482 par la découverte et l’exploitation des riches mines argentifères du Laurion (en Attique). (2) construire un port fortifié au Pirée à relier ensuite à Athènes par de longs murs (en dépit de l’opposition explicite de Sparte).

492 : avant même qu’Athènes ne dispose de sa nouvelle force navale, la Perse étend sa domination en mer Égée et s’empare en 490 d’Érétrie (sur l’île Eubée), qu’elle détruit et dont elle déporte la population, pour débarquer sur le continent à Marathon (à 40 km d’Athènes) : initiative qui déclenche la 1ère guerre perse, (mal appelée guerre « médique » par les historiens français). La tactique astucieuse de Miltiade, stratège athénien, à la tête d’hoplites mobiles, assure à Marathon la victoire des Athéniens, seuls, sur les Perses qui y subissent leur 1ère défaite militaire (terrestre) depuis 60 ans. A Marathon, Athènes s’est prouvée être une cité guerrière.

487 : atmosphère délétère à Athènes où les familles d’aristocrates continuent de se disputer pour le pouvoir ; Isagoras déjà condamné, Thémistocle en fait ostraciser quelques-uns. Serait-ce la raison pour laquelle Thémistocle décide que les archontes, élus jusque-là au sein des 2 seules 2 premières classes censitaires, seront désormais désignés par tirage au sort ? Réforme politique majeure en ce qu’elle dépolitise l’archontat dont la fonction dirigeante suprême sera désormais assurée par les stratèges, chefs militaires élus par l’ecclésia et, de plus, rééligibles indéfiniment.

486 : Xerxès, grand roi perse, prépare par la route du Nord (craint-il déjà la nouvelle puissance maritime grecque ?) une grande offensive de revanche en Grèce sur une plus vaste échelle que celle de son père. 481 : Athènes s’allie à Sparte (absente de la 1ère guerre perse) et confie le commandement des troupes au spartiate Léonidas.

480-79 : 2nde guerre perse (ou médique). Descente militaire perse par la Thessalie, bataille navale incertaine au cap Artemision (Eubée nord), défaite spartiate héroïque aux Thermopyles, (où Léonidas et ses hoplites ont combattu jusqu’à la mort), prise d’Athènes, incendiée et mise à sac par les Perses. C’est alors qu’une tactique de Thémistocle (l’étranglement maritime) sauve la Grèce dans le détroit de Salamine (aux portes du Pirée), où la moitié de la flotte perse est éperonnée et détruite. Xerxès repart en Asie, laissant le soin à son général (et beau-frère) Mardonios, de poursuivre âprement le combat, mais Mardonios meurt en 479 à la bataille de Platées (en Béotie) d’où les Perses s’enfuient par le nord pour ne pas être massacrés, tandis que la flotte perse (ou ce qu’il en reste), poursuivie par les athéniens, est décimée au cap Mycale (Ionie).

Conséquences pour Athènes du gain des 2 guerres perses (ou médiques) 500-479 :

  • en externe : les 3 victoires grecques (1 à terre, 2 en mer) marquent un sérieux arrêt de la politique de conquête perse en Grèce et dans le monde égéen, les Perses restant cependant maîtres en Asie intérieure. Par ces victoires et après le retrait provisoire de Sparte sans ambition maritime, les Athéniens vont disposer dans le monde grec d’un empire sur lequel ils exerceront désormais une hégémonie terrestre et maritime.
  • en interne : profond développement du sentiment démocratique de la société athénienne  du fait que les rameurs qui muent les trières appartiennent pour la plupart à la 4ème (la dernière) classe de citoyens (les thètes). Chaque trière requérant en effet 170 rameurs (plus 30 archers et hoplites), et la flotte athénienne disposant d’environ 300 trières, cela signifie l’emploi d’environ 50000 rameurs. Leur nouveau rôle civique et leur nombre leur confère une réelle promotion politique qui équilibrera désormais le rapport de forces populaires revenant jusque-là à la 3ème classe des hoplites.

478-62 : les succès de Thémistocle, qui sont pour Athènes à l’origine d’une longue période de paix (jusqu’en 431), ne l’ont pas empêché d’être écarté du pouvoir par 2 stratèges, Aristide et Cimon, et d’être même plus tard ostracisé. Aristide créé et préside la Ligue de Délos dès 478 : confédération maritime, constituant contre les Perses une alliance militaire défensive (puis offensive de facto) de presque toutes les cités du monde égéen, placée sous commandement athénien. Aristide sera cependant vite écarté du pouvoir par Cimon, aristocrate, (fils du Miltiade de Marathon). La Ligue de Délos (env. 300 trières de combat) sera gérée par Athènes (perception d’un tribut monétaire élevé, sauf pour 3 îles payant en trières) qui en en assurant aussi la police (répressions sévères des résistances et défections) lui permettra d’exercer son impérialisme expansionniste dans le monde grec du 5ème siècle. Les 3 piliers de l’impérialisme athéniens sont : la flotte, le tribut et la fortification d’Athènes reliée au port. Cimon emmènera la Ligue en 468 vers une victoire totale sur la flotte et l’armée perses à Eurymedon (côte anatolienne sud). Peu démocrate et surtout pro-spartiate, il sera écarté du pouvoir par Ephialte.

462-61 : Ephialte, stratège depuis 468-67, profite d’une situation de crise interne (Cimon pro-spartiate, domination politique de l’Aréopage malgré le tirage au sort de ses membres depuis 487) pour déposséder l’Aréopage de la quasi-totalité de ses pouvoirs en faveur de l’ecclésia, du Tribunal du Peuple et du Conseil des 500. Transfert au peuple qualifié par Aristote de « révolution », en ce qu’il ouvre la voie à ce qu’une historiographie relativement récente a appelé « la démocratie radicale ». Et les événements s’accélèrent : Éphialte rompt avec Sparte, Cimon est ostracisé, … Éphialte est assassiné dans des conditions mystérieuses.

Périclès et l’impérialisme athénien

461-29 : Périclès. Les 32 années de gouvernance de Périclès comportent 2 périodes, la première de 18 ans où Périclès doit rivaliser avec divers adversaires politiques, la seconde de 12 ans où il est seul maître d’Athènes et de l’Empire (et dirige le début de la guerre contre Sparte 431/29).

461-43 (1ère période) : Périclès, politiquement actif depuis 465 et compagnon d’Éphialte, succède à celui-ci comme « chef du peuple » et en 451 comme chef d’Etat ; il rivalisera notamment avec Cimon, rappelé d’exil en 457 et un Thucydide junior, aristocrate (ostracisé en 443). Périclès poursuivra en interne la politique de démocratie radicale lancée par Ephialte : rétribution (misthos) au Tribunal du Peuple, au Conseil des 500, aux soldats et marins (pas à l’ecclésia), rétribution considérée par Aristote comme l’un des piliers de la démocratie radicale. Parallèlement, il restreindra en 451 les conditions de citoyenneté en exigeant 2 parents citoyens au lieu d’1. Sur le front extérieur (où Périclès fut particulièrement actif), ce furent 15 ans d’accrochages et de luttes pour maintenir l’hégémonie impérialiste, à terre contre Sparte (tensions croissantes), en mer Égée jusqu’à la coercition (Thasos, Egine) sur les « alliés » de la Ligue de Délos, puis en Egypte (460-54), occupée par les Perses, où Athènes subira un double désastre, sur terre et sur mer. En 449 par contre, double victoire contre la flotte perse en Chypre. Lassés d’une suite de revers/succès, Athènes signe avec la Perse la paix de Callias (448) et avec Sparte une paix de 30 ans (445) qui ne durera que 14 ans.

443-31 (2nde période) : Périclès, élu stratège en 443, réélu 15 fois ensuite (jusqu’à sa mort en 429), est maintenant seul pour diriger Athènes : période glorieuse en interne de calme et de grands travaux (penser au Parthénon). A l’extérieur toutefois, Périclès, panhellène malheureux, durcira la mainmise déjà sévère sur l’empire : montant élevé du tribut des « alliés » décidé par Athènes seule, transfert confiscatoire à Athènes en 454 du trésor du sanctuaire de Délos, pression militaire sur les « alliés » réfractaires (comme à Samos, à Byzance ou sur l’Eubée), unification des poids, mesures, monnaies. De membres autonomes, les « alliés » d’Athènes tendirent à devenir des sujets, dans un régime proche de celui d’une tyrannie (selon l’historien Thucydide). Contradiction d’une Athènes démocratique en interne, mais tyrannique, despotique en externe !

Suprématie d’Athènes indiscutée (478-31), mais intransigeante, qui confondra rapidement les intérêts de la Ligue avec ses intérêts propres : Thucydide considère à juste titre cette attitude comme la cause profonde de la grande guerre du Péloponnèse qui allait durer 27 ans et se conclure par la défaite surprise d’Athènes. Les causes immédiates ? Il en faudra plusieurs chez des alliés de Sparte (ou anciens alliés) : Corfou/Corinthe, Potidée (Chalcédoine), Mégare/Athènes. Autant d’incidents graves, mal vécus par Sparte qui, alors en position de faiblesse (diminution structurelle de sa population, donc de ses soldats-citoyens, crainte d’un soulèvement récurrent d’hilotes, manque de moyens financiers,…), hésitera énormément avant de relever le défi athénien. Après encore d’ultimes et vaines négociations de sa part en 431, Sparte finira par rassembler ses troupes sur l’isthme de Corinthe et ouvrira la guerre contre Athènes.

Athènes contre sparte : la grande guerre du Péloponnèse (431-04) 

Guerre recherchée par Périclès qui pensait pouvoir aisément l’emporter sur Sparte. Sans doute. Mais il meurt inopinément dès 429. Après lui, une Athènes désunie, divisée, subira la guerre qui affectera la plupart des cités grecques et se déroulera dans l’incohérence et le désordre. Deux séquences (contre 3 pour beaucoup d’historiens) peuvent en rendre compte :

431-21 : activisme militaire selon la tactique du chat et de la souris (Perse hors conflit) :

  • 431-29 : Périclès ordonne à la population rurale de l’Attique (2/3 du total) d’évacuer tout de suite les terres pour se réfugier dans Athènes/le Pirée fortifiées. Motif : éviter l’affrontement direct avec les forces spartiates jugées (à juste titre) plus fortes que les athéniennes,
  • 431 : les forces spartiates envahissent effectivement les terres attiques qu’elles ravagent, (elles les envahiront 5 autres fois encore entre 430 et 425),
  • Périclès réagit sur mer en envoyant 100 trières ravager offensivement les côtes du Péloponnèse,
  • 429 : le repli de la population dans Athènes s’est révélé doublement néfaste : (1) les athéniens ruraux admettent difficilement les raids et razzias gratuits de leurs biens par les spartiates, (2) l’insalubrité de leur entassement dans Athènes accentua une épidémie de typhus (ou de peste) venue d’Afrique qui a emporté 1/3 de la population dont Périclès soi-même,
  • 429-22 : après Périclès, Cléon, citoyen du peuple, commerçant, démagogue, rival acharné de Périclès, l’emporte pendant 7 ans sur divers rivaux ambitieux, comme Nicias, stratège aristocrate pacifique. La guerre se développe alors surtout comme une suite d’opérations ponctuelles dévastatrices (raids maritimes, raids terrestres, villes rasées…), unilatérales, sans combat. Sauf 2 affrontements significatifs : (1) en 425, une défaite spartiate sur l’îlot de Sphactérie (Messénie), humiliante en raison des 120 hoplites spartiates qui se sont rendus plutôt que de combattre jusqu’à la mort comme ils le devaient, (2) en 422 la défaite athénienne d’Amphipolis (Chalcidique), où Cléon et le général spartiate trouvent tous les 2 la mort,
  • 421 : la lassitude des 2 belligérants les conduit à conclure la « paix » de Nicias sur la base d’un statu quo ante bellum pour 50 ans. Un an plus tard, la guerre reprend !

420-03 : gouvernance athénienne à la dérive ; victoire militaire de Sparte ; Athènes politiquement redressée in extremis par un profond ressac démocratique :

  • 420 : Alcibiade, stratège aristocrate (cousin de Périclès), opportuniste au jeu personnel, prend le dessus à Athènes, rompt la paix de Nicias, s’allie à Argos (Péloponnèse) ennemie traditionnelle de Sparte. Peu d’évolution militaire jusqu’en 415 où Athènes est appelée à l’aide par Ségeste (Sicile), son alliée, attaquée par Syracuse, alliée de Sparte.
  • 415-13 : expédition sicilienne imposée par Alcibiade aux Athéniens, malgré l’exhortation contraire de Nicias. Opération désastreuse, sur terre et sur mer. Sur mer surtout, où y perdant une grande partie de sa flotte, Athènes perdait non seulement ses moyens mais son autorité pour continuer à diriger la Ligue de Délos qui subissait déjà des défections depuis au moins 454. Cela signifiait pratiquement la fin de l’empire athénien. Sur terre, Sparte, qui avait abandonné sa politique de raids pour mener une politique de terrain, occupe Décélie, site fortifié à 25 km au nord d’Athènes, lui permettant de contrôler la campagne attique et les mines du Laurion. De plus, Sparte s’allie au roi de Perse.
  • 412 : condamnation d’Alcibiade qui s’exile à Sparte chez l’ennemi, auquel il conseille de s’allier à la Perse supposée intéressée à profiter de la perte de puissance maritime d’Athènes. Devenant vite suspect à Sparte, il la trahit pour la Perse à laquelle il recommande de s’allier à Athènes contre Sparte ! Peu d’effet là aussi, car Sparte reste alliée de la Perse (dont elle obtient de sérieux moyens financiers) qui reprend ja domination des cités ioniennes aux dépens d’Athènes.
  • 411 : Athènes est encore sous l’effet de l’immense désastre militaire, humain, moral, financier, de Sicile. Crise sociale et démocratique (peuple à la dérive), réveil de l’opposition oligarchique (Théramène, Pisandre,…) qui réalise un putsch en juin 411, obtenant de l’ecclésia terrorisée l’abolition de la démocratie, l’adoption d’une oligarchie censitaire, la suppression du misthos, mais :
  • juin 411 : rébellion du reste de la flotte athénienne réfugiée à l’île de Samos avec ses rameurs et quelques hoplites qui, en armée civique, s’érige en contre-pouvoir démocratique ; Samos (meneur Thrasybule) était la seule cité égéenne restée fidèle à Athènes (Théramène). Samos fit appel à Alcibiade qui, venant de vaincre 2 fois Sparte en mer au profit de la Perse, trahissait cette fois la Perse pour revenir (est-ce croyable ?) dans le giron d’Athènes, alors sauvée par un profond ressac démocratique.
  • juin 410 : rétablissement de la démocratie à Athènes.
  • 408-04 : Sparte, aidée financièrement par la Perse, gagne la bataille navale de Notion (407) contre Alcibiade, occupe une grande partie de la Grèce, encercle Athènes.
  • 406 : victoire navale athénienne sur la flotte spartiate au large des îles Arginuses (au sud de Lesbos,). Sparte demande la paix avec statu quo post bellum : Athènes refuse.
  • 405 : Sparte reprend l’Hellespont pendant que Lysandre, basé à Ephèse, détruit la flotte athénienne qu’il surprend au mouillage à Aigos Potamos (SE île Lesbos) en l’absence des marins partis en ville ! Défaite d’Athènes qui perd la guerre et sa puissance maritime au prix d’une ruse de guerre et non d’un combat ! Lysandre bloque le Pirée, occupe Athènes ; Sparte fera raser les Longs Murs.
  • 404 juin-déc : Sparte installe à Athènes un régime oligarchique, dit des « 30 Tyrans », plus radical que celui de 411 (garnison étrangère, abolition de nombreuses lois, terreur de répression, proscriptions, exactions). Des dissensions interviennent rapidement entre les 30.
  • 403 : situation de guerre civile entre l’Athènes-ville des oligarques et le Pirée des réfugiés démocrates (Thrasibule). Intermédiation de Sparte qui désavoue Lysandre et rétablit fin 403 la démocratie ( !) à Athènes, mais une démocratie modérée.

Après 27 ans d’une guerre épuisante perdue faute aussi d’une gouvernance unifiée et cohérente, Athènes se trouve en 403 dans une situation matérielle et financière déplorable. A un point majeur près : celui de la vigueur morale et civique avec laquelle certains Athéniens du peuple ont à 2 reprises (411 et 403) énergiquement repoussé l’oligarchie et rétabli la démocratie. Témoignage de la profondeur et de la vivacité du sentiment démocratique du peuple athénien, où qu’il soit. Faudra-t-il s’étonner qu’au 4ème siècle la démocratie ait été déifiée à Athènes, et que la cité ne connaîtra pas de nouveau régime oligarchique avant l’hégémonie macédonienne (322) ?

Athènes au 4ème siècle

démocratie athénienne réformée, luttes fratricides entre Grecs, mise au pas de la Grèce par la macédoine

La polis (il y en eut de 1000 à 1100 cités) a structuré la vie humaine du monde grec depuis l’an 800 environ. Les deux plus importantes, Sparte et Athènes, ont cherché à unifier l’ensemble, mais au prix de guerres fratricides incessantes pour dominer puis pour maintenir l’hégémonie acquise à leur profit, ce qui les a finalement piégées. Athènes a échoué au 5ème siècle, Sparte et Thèbes au 4ème siècle. Intervient alors la Macédoine qui, n’étant pas une polis mais un vaste Etat monarchique centralisé, aura a priori plus de chance qu’une cité pour réussir.

Hégémonie fragile de Sparte : 405-371

La victoire maritime inopinée de Sparte sur Athènes en 405 lui confère l’hégémonie sur la Grèce continentale, mais pas sur le monde grec des îles égéennes ni sur la cote anatolienne sous domination perse depuis l’alliance de Sparte avec la Perse en 412.

400-394 : Sparte rompt son alliance avec la Perse et mène une guerre de 5 ans (399-94) pour libérer les grecs égéens de la domination perse. Echec, la mer Egée reste perse.

395-86 : guerre de Corinthe. Sparte (Agésilas, roi de 398 à 360) exerce une politique dominatrice dont le joug oppresseur suscite une coalition générale, même de la part de ses vieux alliés (Thèbes, Corinthe) ; coalition contre Sparte financièrement soutenue par la Perse. 394 : Sparte gagne une bataille sur terre, mais est battue sur mer à Cnide (SE Égée) par Athènes qui par-là récupère des îles en mer Égée (dont Rhodes). Car Athènes, après sa débâcle de 405, s’est vite ressaisie sous l’autorité du navarque Conon (vainqueur de Cnide, il eut sa statue de bronze sur l’agora) et de l’appui financier des Perses opportunistes : reconstitution de la flotte, relèvement des Longs Murs. Ce rebond d’Athènes inquiète Sparte et même la Perse qui se rapproche de Sparte pour fermer le Bosphore aux vaisseaux grecs venant régulièrement dans le Pont-Euxin chercher des céréales russes. Puis les Perses cessent de soutenir les coalisés qu’ils cherchent à diviser en les arbitrant par la paix d’Antalcidas en 386 : à la Perse, Chypre et les cités d’Asie (ressenti par Athènes comme une trahison de Sparte) ; à Athènes, 3 îles (Lemnos, Imbros, Syros) ; enfin, autonomie aux cités égéennes et béotiennes autour de Thèbes (depuis 446).

386-71 : Sparte contre Thèbes. Ayant pratiquement échoué en mer Égée, Sparte entreprend une politique active sur terre, notamment contre Thèbes où elle impose un tyran et une garnison pendant 3 ans (382-79) ; mais les exilés thébains, dirigés par Epaminondas, libèrent la ville et y massacrent la garnison thébaine. Epaminondas prend le pouvoir à Thèbes en 379, rétablit la démocratie, reconstitue une ligue béotienne, réorganise la phalange et crée un corps d’élite. Sparte s’épuisera en vain à ne lancer rien moins que 4 expéditions qu’elle perdra contre cette nouvelle force. Cette nouvelle force abuse aussi de sa puissance (destruction de Platées, sa voisine, notamment).

377-71 : Athènes constitue une 2nde confédération maritime, contre Sparte cette fois (la 1ère confédération, celle de Délos, était contre la Perse) d’une soixantaine de cités insulaires et thraces, tout en s’engageant à ne pas renouveler les erreurs de gestion de la Ligue de Délos (d’où ni tribut, ni garnisons, ni clérouquies) ; plusieurs victoires navales (Naxos, 374). Sparte, inquiète de la nouvelle puissance militaire de Thèbes et du renouveau impérialiste d’Athènes, tente de négocier : Thèbes n’y consent pas mais Athènes y consent, ce qui laisse à Sparte la voie libre pour attaquer Thèbes.

371 : l’affrontement a lieu à Leuctres (Béotie) où Sparte avait maintenu son armée. Les innovations militaires d’Épaminondas (génie inventeur de l’ordre de bataille oblique et de la cavalerie lourde comme arme de choc) entraînent la 1ère défaite militaire écrasante (1/3 des effectifs) quasi inconcevable de Sparte depuis 2 siècles (!) et signifie la fin de l’hégémonie spartiate.

Hégémonie insolite mais brillante de Thèbes sous Epaminondas : 371-62

Poursuivant sa lutte contre Sparte déjà bien éprouvée, Épaminondas entreprend 2 opérations complémentaires : (1) quatre expéditions terrestres dans le Péloponnèse (Arcadie et surtout Messénie), zone traditionnelle d’influence spartiate, en vue de rendre leur autonomie politique aux ex-cités-Etats dominées depuis le 6ème siècle par Sparte ; ce qui fut fait, réduisant l’influence de Sparte à la seule petite Laconie, (2) création en 368-66, avec vraisemblablement l’aide financière perse, d’une flotte de 100 trières pour gêner la domination athénienne renaissante en mer Égée qui vient en 369 de s’allier à Sparte : opération qui reprend opportunément celle de Thémistocle pour Athènes en 490, selon laquelle on ne peut envisager de domination du monde grec sans maîtrise maritime.

362 : Épaminondas attaque et bat Sparte sur terre à Mantinée (Arcadie, centre du Péloponnèse), avec la même méthode tactique qu’à Leuctres ; seconde grave défaite militaire de Sparte et de ses alliés (dont Athènes), mais Épaminondas y meurt et avec lui l’hégémonie de Thèbes : personne ne pourra y prendre les rênes pour exploiter sa victoire.

Thèbes, petite cité-Etat démocratique de Béotie (région où il n’y a jamais eu de véritable rapprochement ou de coopération entre cités), n’avait ni l’assiette, ni les moyens, d’exercer une hégémonie autre qu’« insolite » (Amouretti et Ruzé) : elle fut due au dynamisme et au génie politico-militaire d’un seul homme, Epaminondas, hors du commun, sans successeur possible, qui avait créé et géré une puissance militaire plus moderne que celle de Sparte.

Hégémonie macédonienne. Philippe II, roi de Macédoine, conquiert la Grèce : 359-36 

La Macédoine (périphérie nord du monde grec) est un territoire agricole, peu urbanisé. Elle est dotée d’un régime monarchique instable, (1) en interne, où le roi Perdicas III a pris le pouvoir en 365 ayant tué Ptolémée, régent, qui avait lui-même tué Alexandre II en 368, son prédécesseur, frère de Perdicas, (2) en externe, où elle est exposée à des voisins turbulents (Illyrie, Thrace) qui troublent souvent les frontières.

359 : Perdicas meurt lors d’une énième attaque illyrienne, ouvrant une énième crise politique ; or son fils, Amyntas IV, n’a que 3 ans. Le dernier oncle vivant d’Amyntas, Philippe, choisi comme tuteur et régent, élimine rapidement plusieurs compétiteurs et se proclame roi à la place de son neveu en 356.

Philippe II, homme d’Etat d’exception, redressera et stabilisera l’Etat en 2 ans, puis imposera en 20 ans sa domination sur toute la Grèce (sauf Sparte/Laconie) qu’il unifiera pour la lancer en 336 en Asie contre les Perses ; il y sera assassiné l’année même.

  1. 359-58 : (1) rétablissement de la stabilité interne en Macédoine : unification, création d’une adion centrale, réforme de l’adion locale, assainissement des finances, (2) réforme militaire profonde à l’instar de celle d’Epaminondas qu’il avait admirée lorsqu’il fut à Thèbes comme otage, garant du roi Ptolémée de 368 à 365 : d’une part, armement repensé, plus léger et plus offensif (suppression cuirasse, bouclier réduit d’1/3 mais pique-sarisse de plus de 7m de long), de l’autre, tactique modernisée (ordre de bataille oblique, phalange compacte, fantassins élites), invention de la tour de siège. Supériorité militaire générale.
  1. 358-46 : conquête progressive de la Grèce septentrionale. D’abord pour battre les Illyriens turbulents (358) et se constituer en Chalcidique (357-55) une façade maritime qui lui manquait. Pas de réaction à ce stade de la part d’Athènes alors occupée par la guerre avec ses « alliés » maritimes révoltés qui la battent à Embata (356) : grosse défaite maritime des athéniens qui glissent en interne de 355 à 346 sous l’influence des pacifistes pro-macédoniens, en particulier d’Eubule. Seul Démosthène, rhéteur, en politique depuis 359, s’opposait aux pacifistes, mais pensait au danger perse plus qu’au macédonien.

352 : Conquêtes avancées, de plus en plus politiques. La Macédoine, présente en mer de Marmara, débute la conquête de la Thrace (immense territoire, conquête toujours à recommencer qui durera jusqu’en 340 où Alexandre l’annexera) puis descend en Thessalie. Un incident à Delphes (Phocide) pour la protection du sanctuaire d’Apollon dont Philippe est devenu l’un des protecteurs lui donne l’occasion d’avancer encore, mais se fait bloquer aux Thermopyles par les Athéniens. Il fallait cela pour que les Athéniens prissent enfin conscience du danger macédonien. Démosthène déploie alors tout son talent oratoire dans sa 1ère Philippique (351) pour dénoncer l’impéritie des Athéniens devant l’avidité croissante de Philippe et les inciter à renverser le cours des choses par un sursaut d’énergie (corps expéditionnaire, armée permanente de citoyens, renforcement de la flotte). En vain pour l’instant.

349-46 : Philippe continue ses conquêtes. Siège d’Olynthe (ville dominante de Chalcidique) qu’il rasera entièrement et dont il vendra toute la population comme esclave malgré les appels enflammés de Démosthène dans sa 1ère Olynthienne (349) ; le contingent envoyé par Athènes pour aider Olynthe arrivera trop tard. Conquête également d’Eubée (île géopolitiquement essentielle pour la défense d’Athènes) révoltée contre Athènes. 348 : lassitude et résignation d’Athènes qui négociera pendant 2 ans avec Philippe pour accepter la paix de Philocrate et reconnaître les conquêtes de Philippe en Grèce septentrionale.

  1. 346-38 : Philippe conquiert Athènes et Thèbes, derniers obstacles en Grèce méridionale (Sparte ne compte plus guère militairement depuis sa défaite désastreuse de Leuctres en 371). Philippe, encore immobilisé par sa conquête de la Thrace, passe en 343 un pacte de non-agression avec la Perse, alors que se développe en Grèce un large front anti-macédonien. La 2ème Philippique (343) de Démosthène dénonce les dangers que courent les cités grecques acceptant (de gré ou de force) l’impérialisme macédonien (garnisons, commissaires, perte d’autonomie).

342 : Athènes passe à l’action dans le nord de l’Égée (Bosphore, Lesbos) ; Thèbes et l’île d’Eubée acceptent une offre d’alliance de l’Athènes de Démosthène.

341-38 : Démosthène, au pouvoir, dénonçant dans la 3ème Philippique (341) l’avilissement immoral et de Philippe et de toute la Grèce, s’évertue à redonner un esprit civique à ses concitoyens-soldats et aux mercenaires. Plusieurs incidents diplomatiques et militaires pendant 2 ans émaillent ses relations avec Philippe qui saisit en 338 une nouvelle occasion de s’emparer de Delphes, puis de Naupacte sur le golfe de Corinthe ; Philippe offre la paix à Athènes et à Thèbes qui refusent, lesquels se font alors écraser militairement à la bataille de Chéronée en 338, près de Delphes, bataille remportée par la cavalerie lourde (à la mode d’Épaminondas) commandée par Alexandre (18 ans), fils de Philippe. Les cités grecques ont perdu contre la Macédoine.

338-37 : Athènes passe sous le protectorat de la Macédoine : échec patent pour Démosthène et les politiciens anti-macédoniens. Démosthène se retire progressivement de la vie politique, lorsque Ctésiphon, orateur, propose qu’il lui soit décerné une couronne en or de reconnaissance ; Eschine, grand orateur politique, attaquera en 330 cette décision dont le procès donnera lieu à la célèbre plaidoirie sur « La Couronne » de Démosthène qui y défend Ctésiphon.

d) 338-36 : Philippe ménage Athènes dont il pourra avoir besoin (flotte conservée et entretenue) mais traite sévèrement Thèbes (Thèbes, révoltée contre Alexandre en 335, sera rasée par celui-ci, la population massacrée ou réduite en esclavage). Philippe impose en 337 une alliance confédérale à la Grèce (sauf à Sparte), la Ligue de Corinthe, en vue de porter la guerre en Asie contre la Perse. 336 : débarquement en Asie mineure, assassinat de Philippe, avènement d’Alexandre.

Alexandre de Macédoine conquiert l’empire perse (aperçu) : 336-23 

336-34 : la disparition de Philippe s’accompagne d’une agitation générale en Grèce, où

Alexandre doit commencer par consolider son pouvoir, jusqu’à mener campagne (335) en Thrace et en région danubienne. En 331 encore, il fera réprimer un soulèvement de Sparte à Mégalopolis (Péloponnèse).

334-23 : hégémon de la ligue de Corinthe, Alexandre débarque en Asie pour une longue expédition qui sera une suite ininterrompue de batailles ; excellent stratège, invaincu tout au long de sa vie, « héros dont la gloire accompagne les pas » (Racine). La 1ère année, peu de résistance terrestre mais vigoureuse contre-offensive maritime. La 2ème année, déjà presqu’en Mésopotamie, Alexandre battra Darius III, roi des Perses, à Issos (333), puis en 331 à Gaugamèles, où il sera assassiné par un de ses satrapes. 331 : Alexandre incendie Persépolis et y massacre la population. 326 : il atteint l’Indus qu’il traverse, mais les troupes refusent de le suivre  début du retour. Alexandre décrète à Suse (Mésopotamie) le retour en Grèce des grecs précédemment exilés ; mécontentement général et des intéressés et des cités grecques concernées. 10 juin 323 : mort d’Alexandre à Babylone.

323-281 : 40 ans de l’impossible succession d’Alexandre le Grand

Alexandre n’avait pas organisé sa succession à la tête de son empire. Qui succédera ? Un de ses 2 héritiers familiaux ? Non, car son ½ frère, Philippe (né en 357) est mentalement déficient, et son fils Alexandre, encore à naître (de Roxane), est de sang mélangé. En outre, les 2 seront assassinés, le 1er (317) sur ordre d’Olympias, sa belle-mère, soucieuse d’assurer l’avenir de son petit-fils Alexandre, le 2nd (310), avec Olympias, sa grand’mère, par Cassandre qui veut éviter un obstacle légitime à sa prise de pouvoir.

Seuls successeurs (« diadoques ») possibles : de nombreux généraux de l’entourage d’Alexandre (ou de Philippe). Mais il leur faudra 40 ans de guerres sans fin, d’ambitions rivales sans limites ni concessions, d’alliances nouées, dénouées, renouées …, d’assassinats sans vergogne, pour finalement tous mourir sans y arriver, sauf pour le dernier qui aura vaincu l’avant-dernier sur le champ de bataille. Histoire sinistre, « résumée » ci-après :

juin 323 : accord des généraux à Babylone par lequel 2 d’entre eux sont reconduits dans leurs hautes fonctions précédentes: Perdicas comme vice-roi (chiliarque) pour l’Asie, Antipater comme régent de Macédoine/Grèce (ci-après « Europe ») ; 23 généraux reçoivent une satrapie (division administrative de la Perse). 6 guerres vont suivre :

321 – 1ère guerre diadoque : Perdicas, autoritaire, maladroit, est vite malmené par une large coalition contre lui. Il attaque Ptolémée en Egypte, mais y est assassiné. Nouvel accord entre généraux à Tripardisos (Syrie nord) : Antigone le Borgne (né en 382), stratège macédonien, remplace Perdicas, Cassandre devient chiliarque adjoint d’Antigone.

319 : Antipater meurt (mort naturelle) à 78 ans, après avoir nommé pour lui succéder en Macédoine/Grèce Polyperchon, son adjoint depuis 5 ans, et en Asie son fils Cassandre. Nominations mal reçues : Cassandre pensait succéder à son père, Antigone n’est pas reconduit en Asie où il est remplacé par Eumène de Cardia, chancelier d’Alexandre.

317-16 – 2ème guerre diadoque : les 2 déçus interviennent contre Polyperchon. (1) en Grèce, Cassandre débarque au Pirée, occupe Athènes, puis envahit la Macédoine : Polyperchon se réfugie au Péloponnèse. (2) en Asie, Antigone bat Eumène et l’assassine ; il est alors maître en Asie, de l’Hellespont à l’Indus, y compris de Babylone, provisoirement conquise sur le satrape Seleucos. Antigone, sans doute le plus grands des diadoques, est le seul qui croit encore (et jusqu’à sa mort) à la reconstitution de l’unité de l’empire d’Alexandre, ce qui est une menace permanente pour les autres.

315-11 – 3ème guerre diadoque : Antigone (67 ans), alors le plus puissant des candidats, a 4 généraux comme adversaires (du plus au moins dangereux) : Ptolémée (Egypte, Phénicie, Syrie), Cassandre (Macédoine et Grèce du nord), Lysimarque (Hellespont, Thrace immense et turbulente), Seleucos (Mésopotamie, Babylone). Il mènera l’attaque sur 3 fronts, (1) 315-14, il intervient lui-même contre Ptolémée l’Égyptien en Phénicie et en Syrie où il assiégera 15 mois la ville de Tyr avant qu’elle ne capitule. De Tyr, il lancera un programme politique de libertés aux grecs contre la domination macédonienne. (2) est secondé par son neveu Polémée antagonide qui intervient en Ionie-Carie pour repousser Cassandre puis en Hellespont contre Lysimarque ; en 314, avec une flotte de 150 trières, il accostera en Béotie et en 2 ans chassera Cassandre de presque toute la Grèce, sauf d’Athènes. (3) en 312, est secondé par son fils, Démétrios Poliorcète (né en 336, élevé en Asie), qui se fait battre à Gaza par Ptolémée l’Égyptien qui a décidé de reconquérir la Syrie.

311 : après Gaza, nouvel accord des diadoques où Antigone renonce à quasiment tous ses gains territoriaux récents sans qu’aucun de ses adversaires ne soit définitivement battu ou écarté. Il gagne cependant un certain prestige moral par la réaffirmation de son programme de Tyr prévoyant la liberté des grecs et l’autonomie des cités (c’est à dire le départ de toutes les garnisons macédoniennes). L’accord ne fut qu’une trêve de courte durée.

311-09 : Antigone, bloqué à l’ouest, se reporte sur l’est asiatique. Avec son neveu Polémée, il attaque Séleucos pour récupérer la Mésopotamie. Échec de 2 sièges de Babylone qui conduit Antigone à abandonner à Séleucos tout territoire à l’est de l’Euphrate.

309-01 – 4ème guerre diadoque : Polémée, s’estimant mal récompensé, trahit son oncle Antigone avec la flotte et une partie de l’armée au profit de Cassandre. Il mène campagne contre plusieurs cités de la côte anatolienne et débarque dans le Péloponnèse, jusqu’à Corinthe ; s’allie rapidement à Ptolémée l’Égyptien (lequel lui fera ultérieurement boire la ciguë).

307 : Antigone envoie Démétrios Poliorcète, son fils, en Grèce pour y prendre pied. 1er objectif : déloger Cassandre d’Athènes. Démétrios conquiert Le Pirée par la mer, y est accueilli en libérateur, y rétablit la démocratie. Inacceptable pour Ptolémée l’Égyptien qui pille les côtes de la Syrie et dont l’influence grandissante dans la mer Égée risque de couper l’Asie mineure de la Grèce.

306 : à la demande d’Antigone, Démétrios Poliorcète part avec 200 trières vers Chypre dont Ptolémée s’est emparé vers 312. Victoire décisive de Salamis (côte est de l’île), à la fois maritime (destruction de la flotte) et terrestre, sur Ptolémée. Antigone, ainsi vainqueur de son principal adversaire dans la marche au pouvoir suprême, s’auto-proclame Roi, successeur d’Alexandre, dans l’esprit d’une monarchie unie et universelle.

305 printemps : attaque combinée d’Antigone (par terre) et de Démétrios (par mer) pour envahir l’Egypte. Échec (résistance locale efficace, difficultés pour passer le Nil, maladies, famines, tempêtes). Ptolémée, vainqueur, se proclame aussi Roi, ce qu’imitent sans attendre les autres diadoques ; objectif : ne pas dépendre un jour d’Antigone-Roi.

305 été – 304 : retour d’Egypte, Démétrios s’attaque à Rhodes qui lui refuse le mouillage. Siège célèbre de plus d’un an, doté de moyens de grande ampleur mais qui échoue au tout dernier moment parce que les Athéniens, menacés par Cassandre, appellent au secours Antigone, qui appelle Démétrios pour venir les libérer. Démétrios lève inopinément le siège de Rhodes en obtenant simplement un accord d’alliance, mais pas contre Ptolémée.

304 fin : Démétrios débarque en Boétie et poursuit Cassandre déjà en fuite vers la Macédoine. Entrée triomphale de Démétrios à Athènes,

303-02 : Démétrios reconquiert une grande partie de la Grèce du centre et du sud.

302 : reconstitution de la ligue de Corinthe contre la Macédoine. Fin 302 : coalition de Cassandre, Lysimaque, Ptolémée l’Égyptien contre Antigone en Asie, à laquelle se joint, Séleucos, retour d’Inde (Cappadoce) ; l’intervention de Séleucos bouleverse le rapport de force. La menace est telle en Asie pour Antigone (81 ans) que, même si Ptolémée ne viendra pas d’Egypte participer au combat, Démétrios renonce une 2de fois à attaquer Cassandre en Grèce pour venir secourir son père.

301 – Bataille mémorable d’Ipsos (Phrygie). Moyens considérables : 60 à 70000 hommes et 10000 cavaliers de part et d’autre, 400 éléphants de combat côté Lysimaque, 75 côté Antigone. Mort d’Antigone (82 ans)  défaite. Démétrios s’échappe alors vers Éphèse avec les hommes qui ne l’ont pas déserté pour les coalisés, puis en mer Égée avec la flotte. Ipsos est à la fois la fin du projet de reconstitution d’empire uni et le partage du royaume d’Antigone entre les rois vainqueurs.

Démétrios continua avec sa flotte et son autorité maintenue à Corinthe et Mégare de combattre pour reconquérir Athènes passée sous l’autorité de Cassandre. Cassandre mourant en 297, Démétrios reconquiert Athènes en 294 où il rétablit la démocratie, avant de devenir roi de Macédoine, maître de la Grèce. En 289-88, les diadoques (Lysimaque, Séleucos, Ptolémée) se coalisent contre lui et le chassent sévèrement de la Macédoine qu’ils se partagent (l’Est à Lysimaque/l’Ouest à Pyrrhus d’Épire). 287 : les diadoques coalisés incitent même les Athéniens à se révolter contre Démétrios, lequel entreprend le siège d’Athènes pendant lequel les coalisés négocieront son départ.

285 : 5ème guerre diadoque : Démétrios est fait prisonnier.

281 : 6ème guerre diadoque : Séleucos gagne sur Lysimaque,

Les guerres continueront entre les Séleucides (Asie) et l’Egypte lagide. Car, bien qu’absent à Ipsos, Ptolémée l’Égyptien réclama sa part du gâteau, particulièrement en Syrie. Refus ; ce furent alors 6 longues guerres de Syrie de 274 à 168 !

322-287 : la démocratie athénienne bousculée par 40 ans de la succession d’Alexandre

Antipater, général macédonien, depuis déjà 342 régent intérimaire de Macédoine lors des absences de Philippe II puis d’Alexandre, sera en 323 régent de Macédoine et de la Grèce jusqu’à sa mort en 319.

323-22 : la mort d’Alexandre a rapidement incité Athènes, l’Étolie (ouest de la Béotie) et quelques autres cités à se soulever contre la Macédoine pour essayer de récupérer leur indépendance. Double échec, maritime près de Naxos (Cyclades), terrestre à Cranon (Thessalie).

322 : Antipater charge Phocion (80 ans), stratège athénien, oligarque pacifiste, de diriger Athènes, réclame la tête d’Hypéride, chef du soulèvement récent, et celle de Démosthène (qui préférera se suicider plutôt que de se rendre). Phocion : « annule » la démocratie, instaure une oligarchie très censitaire (1/3 de la population se voit privée de ses droits politiques), garnison macédonienne à Athènes et au Pirée, fait renoncer Athènes à toute puissance maritime.

318 mai : Phocion (84 ans), ayant autorisé Cassandre, général oligarque, à laisser entrer ses troupes dans le Pirée à garnison macédonienne, est condamné à mort pour trahison (réhabilité en 317 par la même ecclésia versatile).

318 été : Polyperchon, général démocrate, régent de Macédoine et de Grèce (successeur désigné d’Antipater), proclame la liberté des cités grecques et fait rétablir la démocratie à Athènes.

317-07 : Cassandre s’empare du Pirée et nomme Démétrios Phalère, orateur et péripatéticien, gouverneur d’Athènes. Démétrios Phalère « abolit » la démocratie et rétablit une oligarchie modérée (abaissement du cens de Phocion). Démétrios de Phalère est adulé par l’Attique qui passera 10 années heureuses avec lui. Vers 312-11 toutefois les sentiments anti-macédoniens se réveillent à Athènes au profit d’Antigone le Borgne, diadoque démocrate actif en Asie.

307 : Démétrios Poliorcète, fils d’Antigone, prend le Pirée, assiège et prend Athènes, où il rétablit la démocratie. Démétrios de Phalère se réfugie à Alexandrie.

306-04 : Cassandre profite de l’absence de Démétrios Poliorcète, parti en Chypre (victoire de Salamis) puis à Rhodes (siège de plus d’un an), pour assiéger et prendre Athènes jusqu’en 304. Tout donne à penser que Cassandre n’a pas à nouveau aboli la démocratie.

304 : Démétrios Poliorcète, retour de Rhodes, débarque en Boétie, provoquant la fuite d’Athènes de Cassandre vers la Macédoine. Il est glorifié à Athènes comme le fils de Poséidon et d’Aphrodite. Puis reprend l’offensive en Grèce contre Ptolémée l’Égyptien et Cassandre.

304-297 : Athènes en guerre civile (stasis) entre Charias, oligarque (chef des hoplites), et Lacharès, démocrate (chef des mercenaires). Lacharès passe ensuite du côté de Cassandre qui lui demande de rétablir l’oligarchie ce qu’il fait mais en conservant les institutions démocratiques ( !). En 300, Lacharès fait assassiner Charias puis se comporte en « mauvais tyran », pillant les temples (y compris le Parthénon) et leurs trésors, avant de s’enfuir lorsque Cassandre meurt (297).

294 : Démétrios reconquiert Athènes (puis Sparte, …) et y rétablit la démocratie (sans doute malmenée depuis quelque temps par la guerre civile). Il devint roi de Macédoine, proclamé par l’armée après l’assassinat du successeur de Cassandre, et fut maître de la Grèce (sauf Sparte, Étolie, Locride) entre 294 et 288.

287 : les diadoques coalisés chassent Démétrios Poliorcète, d’abord militairement de Macédoine puis, par négociation, d’Athènes dont il faisait le siège. Athènes redevient indépendante. Démétrios continuera la lutte en Anatolie par des mouvements de troupes nombreux et rocambolesques contre les coalisés. Il sera capturé en Syrie par Séleucos, entre les mains de qui il mourra en 283. Au total, Démétrios Poliorcète était surtout un soldat et, à ce titre, aida considérablement son père Antigone, sur mer comme sur terre ; le père définissait la stratégie pour le fils et l’on sait que, contrairement à tous les usages guerriers de l’époque, le fils montrait toujours, de la considération et de l’humanité pour ses ennemis vaincus. Privé de son père en 301, les talents purement militaires du fils n’ont pas suffi à faire de lui un homme d’Etat sachant imposer une autorité politique.

]]>
https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/06/21/democratie-athenienne-volet-historique/feed/ 0
Renard roux https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/06/20/renard-roux/ https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/06/20/renard-roux/#respond Sat, 20 Jun 2020 19:50:00 +0000 https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/?p=10929 Le prédateur de l’hémisphère nord dont la distribution est la plus étendue : le même renard roux qu’en Europe. Connu localement sous le délicieux nom de kitsune, le renard roux est assez difficile à trouver mais il se laisse plutôt facilement approcher par les êtres humains, une fois identifié.

Renard roux, red fox (Vulpes vulpes)
Hokkaido, nord du Japon, janvier/février 2019.

]]>
https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/06/20/renard-roux/feed/ 0
Cygne siffleur https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/06/19/cygne-siffleur/ https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/06/19/cygne-siffleur/#respond Fri, 19 Jun 2020 19:36:00 +0000 https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/?p=10916 Puissant et flegmatique, le cygne siffleur constitue un superbe sujet photographique, qu’il neige ou qu’il fasse grand soleil.

Cygne siffleur, Whooper swan (Cygnus cygnus)
Hokkaido, nord du Japon, janvier/février 2019.

]]>
https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/06/19/cygne-siffleur/feed/ 0
Rausu, temple de l’aigle de mer https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/06/18/rausu-temple-de-laigle-de-mer/ https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/06/18/rausu-temple-de-laigle-de-mer/#respond Thu, 18 Jun 2020 19:22:00 +0000 https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/?p=10904

]]>
https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/06/18/rausu-temple-de-laigle-de-mer/feed/ 0
Pygargue à queue blanche https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/06/17/pygargue-a-queue-blanche/ https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/06/17/pygargue-a-queue-blanche/#respond Wed, 17 Jun 2020 18:21:00 +0000 https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/?p=10875 Plus courant que le pygargue empereur, le pygargue à queue blanche est un impressionnant oiseau de proie.

Pygargue à queue blanche, White-tailed sea eagle (Haliaeetus albicilla)
Hokkaido, nord du Japon, janvier/février 2019.

]]>
https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/06/17/pygargue-a-queue-blanche/feed/ 0
Conflits d’aigles https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/06/16/conflits-d-aigles/ https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/06/16/conflits-d-aigles/#respond Tue, 16 Jun 2020 18:16:00 +0000 https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/?p=10871 Combat d'aigles
Combat d’aigles

]]>
https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/06/16/conflits-d-aigles/feed/ 0
Pygargue de Steller (ou pygargue empereur) https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/06/15/pygargue-de-steller-ou-pygargue-empereur/ https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/06/15/pygargue-de-steller-ou-pygargue-empereur/#respond Mon, 15 Jun 2020 18:01:00 +0000 https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/?p=10859 Le pygargue de Steller est un des plus impressionnants oiseaux de proie avec son vol majestueux, ses serres puissantes et son large bec jaune. Certains voudront le comparer à l’aigle pêcheur américain ou africain, mais c’est bel et bien une espèce différente.

Si vous voulez le voir en train de pêcher, j’ai aussi quelques photos plus particulières.

Pygargue de Steller, Steller’s sea eagle (Haliaeetus pelagicus)
Hokkaido, nord du Japon, janvier/février 2019.

]]>
https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/06/15/pygargue-de-steller-ou-pygargue-empereur/feed/ 0
Hibou des marais https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/06/14/hibou-des-marais/ https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/06/14/hibou-des-marais/#respond Sun, 14 Jun 2020 17:47:00 +0000 https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/?p=10846

Hibou des marais, Short-eared owl (Asio flammeus)
Hokkaido, nord du Japon, janvier/février 2019.

]]>
https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/06/14/hibou-des-marais/feed/ 0
Milan noir https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/06/13/milan-noir/ https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/06/13/milan-noir/#respond Sat, 13 Jun 2020 17:57:00 +0000 https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/?p=10852

Milan noir, Black kite (Milvus migrans)
Hokkaido, nord du Japon, janvier/février 2019.

]]>
https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/06/13/milan-noir/feed/ 0
Grand Duc de Blakiston https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/06/12/grand-duc-de-blakiston/ https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/06/12/grand-duc-de-blakiston/#respond Fri, 12 Jun 2020 17:31:00 +0000 https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/?p=10831 Admettons-le tout de suite publiquement, ce beau rapace nocturne a été photographié depuis un affût commercial de très belle facture (surtout du point de vue photographique, parce que ce n’est pas du luxe pour autant ; mais l’accueil a été extraordinairement aimable et professionnel). De merveilleuses conditions pour passer deux nuits complètes à attendre patiemment ce pêcheur indigène qui se goinfre de poissons.

Grand Duc de Blakiston, Blakiston’s fish owl (Bubo blakistoni)
Hokkaido, nord du Japon, janvier/février 2019.

]]>
https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/06/12/grand-duc-de-blakiston/feed/ 0
Chouette de l’Oural (Chouette d’Ezo) https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/06/11/chouette-de-loural-chouette-dezo/ https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/06/11/chouette-de-loural-chouette-dezo/#respond Thu, 11 Jun 2020 17:19:00 +0000 https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/?p=10821 Ezo, l’ancien nom de l’île de Hokkaido a donné un nom local à cette chouette que l’onretrouve dans une grande partie nord du continent eura-asiatique.

Chouette de l’Oural (Chouette d’Ezo), Ural owl ou Ezo owl (Strix uralensis)
Hokkaido, nord du Japon, janvier/février 2019.

]]>
https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/06/11/chouette-de-loural-chouette-dezo/feed/ 0
Singes en hiver https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/06/10/singes-en-hiver/ https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/06/10/singes-en-hiver/#respond Wed, 10 Jun 2020 17:03:00 +0000 https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/?p=10812 Ces macaques du Japon auraient dû subir les durs hivers d’Hokkaido en disparaissant de ces contrées hostiles à de petits cercopithécidés. Et pourtant, ils se sont adaptés. En particulier, ils ont appris à venir se réchauffer dans les eaux thermales des sources toujours tièdes dues à l’intense activité géothermique locale.

Macaque japonais, Japanese macaque (Macaca fuscata)
Hokkaido, nord du Japon, janvier/février 2019.

]]>
https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/06/10/singes-en-hiver/feed/ 0
Cerf sika https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/06/09/cerf-sika/ https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/06/09/cerf-sika/#respond Tue, 09 Jun 2020 16:54:00 +0000 https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/?p=10807 Un cerf dont le nom latin ne pourrait pas être plus japonais s’il le voulait : Cervus nippon.

Cerf sika
Cerf sika

Cerf sika, Sika deer (Cervus nippon)
Hokkaido, nord du Japon, janvier/février 2019.

]]>
https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/06/09/cerf-sika/feed/ 0
Canard colvert https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/06/08/canard-colvert-2/ https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/06/08/canard-colvert-2/#respond Mon, 08 Jun 2020 16:49:00 +0000 https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/?p=10803 Canard colver

Canard colvert, Mallard (Anas platyrhynchos)
Hokkaido, nord du Japon, janvier/février 2019.

]]>
https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/06/08/canard-colvert-2/feed/ 0
Macareux moine https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/05/29/macareux-moine/ https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/05/29/macareux-moine/#respond Fri, 29 May 2020 16:33:00 +0000 https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/?p=10716 Il est interdit de ne pas adorer ce clown !

Un beau plumage noir et blanc, mais toutes les couleurs de la terre pour le bec et les yeux. Sérieux et totalement excité !

Macareux moine, Atlantic Puffin (Fratercula arctica)
Écosse, Mai 2018.

]]>
https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/05/29/macareux-moine/feed/ 0
Oiseaux d’Écosse https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/05/28/oiseaux-decosse/ https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/05/28/oiseaux-decosse/#respond Thu, 28 May 2020 14:41:00 +0000 https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/?p=10660 Quelques oiseaux dépareillés… mais toujours rencontrés sur les côtes d’Écosse.

Écosse, Mai 2018.

]]>
https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/05/28/oiseaux-decosse/feed/ 0
Écosse : mouche dans une fleur jaune https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/05/27/ecosse-mouche-dans-une-fleur-jaune/ https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/05/27/ecosse-mouche-dans-une-fleur-jaune/#respond Wed, 27 May 2020 16:26:00 +0000 https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/?p=10707

Écosse, Mai 2018.

]]>
https://www.roumazeilles.net/news/fr/wordpress/2020/05/27/ecosse-mouche-dans-une-fleur-jaune/feed/ 0